Saints et Bienheureux du Canada

L’Église catholique au Canada a de nombreux saints et bienheureux. La Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré représente la plupart de ces témoins dans son architecture et sa décoration. Pour vous aider à faire mémoire de ces héros de la foi voici, dans l’ordre chronologique du calendrier liturgique, un bref historique du personnage et de sa spiritualité, tel que présenté par la Conférence des Évêques Catholiques du Canada, un diocèse ou une communauté religieuse. Au terme de chacun des résumés un lien internet permet d’en savoir plus sur le personnage ou le groupe.

7 JANVIER † SAINT FRÈRE ANDRÉ (ALFRED) BESSETTE † 1845-1937

Peinture du saint Frère André Bessette par Marius Dubois en 2000
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Alfred Bessette est né le 9 août 1845 à Saint-Grégoire d’Iberville (Québec). Il était le huitième d’une famille de douze enfants. Son père meurt alors qu’il a neuf ans et sa mère trois ans plus tard. Orphelin à douze ans, sans argent ni instruction, petit et malingre, il travaille comme garçon de ferme chez un oncle et touche à divers métiers: apprenti cordonnier, boulanger, ferblantier, forgeron. Sa mauvaise santé l’oblige à abandonner ces métiers. Il émigre en Nouvelle-Angleterre vers l’âge de 18 ans, et trouve du travail dans les usines de textile.

Alfred revient au Canada en 1867 et trois ans plus tard, il entre dans la Congrégation de Saint-Croix, à Saint-Laurent, où il prend le nom de Frère André. Il est bilingue, mais ne sait ni lire ni écrire. On hésite à l’admettre à prononcer ses vœux en raison de son mauvais état de santé, mais on finit par céder à cause de sa profonde piété. Pendant quarante ans, il occupe le modeste emploi de portier au collège Notre Dame, à la Côte-des-Neiges. On lui confie aussi la buanderie, la sacristie, les courses et le ménage.

En exerçant ces fonctions, le Frère André visite des malades, rencontre des personnes infirmes ou éprouvées et prend l’habitude de prier avec elles, par l’intercession de saint Joseph. Il a environ trente ans quand on commence à lui attribuer des faveurs extraordinaires et des guérisons. Sa réputation ne tarde pas à se répandre dans toute la ville de Montréal et des visiteurs de plus en plus nombreux amènent des malades au collège. L’opposition des parents-des élèves, des supérieurs et des médecins donne lieu à une solution de compromis et le Frère André est autorisé à placer une statue de saint Joseph sur le terrain de la montagne, en face du collège.

En 1904, avec deux cents dollars, le produit des aumônes des malades et des cinq cents qu’on lui donne pour couper les cheveux des élèves du collège, le Frère André construit une chapelle en bois sur la montagne avec l’aide d’amis laïcs. Les pèlerins ne cessent d’affluer et une correspondance impressionnante l’oblige à recourir à quatre secrétaires pour y répondre. La chapelle est agrandie en 1908 et une crypte de pierre est érigée en 1917. La construction de la basilique, commencée en 1924, sera achevée en 1967. L’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal est devenu un lieu de pèlerinage célèbre. Chaque année, des centaines de milliers de personnes s’y rendent, attirées par ce haut lieu de la prière et du recueillement.

Le Frère André est mort le 6 janvier 1937, à l’âge de 91 ans. Il a été déclaré bienheureux le 23 mai 1982, par le pape Jean-Paul II. Le dimanche 17 octobre 2010, le pape Benoît XVI a procédé à sa canonisation.

Sa spiritualité

L’histoire d’Alfred Bessette est celle d’un homme de prière. L’abbé André Provençal, qui l’avait recommandé aux religieux de Sainte-Croix, avait été témoin, dans son église paroissiale, de la piété du jeune homme. Il avait dit à Alfred, qui hésitait à se présenter au noviciat à cause de son ignorance, qu’il n’était pas nécessaire de savoir lire ou écrire pour prier. Il avait déclaré, dans sa lettre de recommandation: « Je vous envoie un saint. » C’est l’esprit de prière d’Alfred qui finira pas vaincre les réticences de ses supérieurs. Le maître des novices était convaincu que s’il devenait incapable de travailler, il saurait sûrement très bien prier et enseigner par l’exemple.

C’est la prière qui est au cœur de son activité de thaumaturge. Il prie avec les malades, les fait prier, les invite à se réconcilier avec Dieu. Il passe des parties de la nuit à prier. Il médite la passion du Christ qu’il reconnaît dans les personnes souffrantes qui se présentent à lui. Comme Moïse sur la montagne, il passe des heures à intercéder pour ceux et celles qui se confient à sa prière, au pied du crucifix et devant le Saint-Sacrement. C’est là qu’il trouve pour lui-même le courage, la patience et la sérénité pour poursuivre son œuvre d’accueil.

Il a une dévotion toute particulière à saint Joseph, ouvrier, un homme si proche de sa propre expérience de travailleur, d’émigrant, de serviteur d’une œuvre d’éducation. Ce modèle est aussi proche de ceux qui viennent lui confier leurs peines, leurs épreuves, leurs infirmités, leurs maladies. Car c’est un mouvement populaire qu’il a suscité, sans battage publicitaire, par la seule efficacité du bouche à oreille et la force de persuasion de ceux qui étaient témoins de son action.

C’est parce qu’on lui connaissait une amabilité, un bon jugement pratique et des aptitudes pour mettre les gens à l’aise, qu’on lui confia la fonction de portier. Il avait la mémoire des noms, aimait rire et n’était pas dépourvu d’humour. « Quand je suis entré en communauté », aimait-il à dire, « mes supérieurs m’ont mis à la porte et j’y suis resté quarante ans sans partir! » L’attention aux autres, l’empathie, la capacité de souffrir avec ceux qui souffrent caractérisent sa personnalité spirituelle. Les gens étaient attirés par ce vieil homme simple, à la fois modeste et bourru, À cause de ses qualités de cœur, le Frère André s’est mis à visiter les malades, à prier avec eux et à les confier à saint Joseph. Son désintéressement était tel qu’il protestait en pleurant contre les allégations de ceux qui lui attribuaient le pouvoir de guérir: « Ce n’est pas moi qui guéris. C’est saint Joseph! »

Son contact assidu avec la souffrance lui avait appris à discerner la qualité des êtres et sur son lit de mort, il peut chuchoter à un confrère: « Dieu est bon! Comme il est beau et puissant! Il doit être vraiment beau puisque l’âme, qui n’est qu’un reflet de sa beauté, est tellement belle! »

Pour en savoir plus à propos de saint Frère André …

12 JANVIER † SAINTE MARGUERITE BOURGEOIS † 1620-1700

Huile sur toile, 4,86m x 2,40m, de sainte Marguerite Bourgeois par Pierre Lussier en 2013
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Marguerite Bourgeoys est née à Troyes, en Champagne, en 1620. Toute jeune, elle manifeste des aptitudes « pour assembler des petites filles » de son âge et des dispositions pour la vie de groupe et l’organisation. À vingt ans, à la vue d’une statue de la Vierge, elle est intérieurement « touchée » et « changée ». Elle s’inscrit dans une congrégation externe et fait voeu de chasteté à 23 ans. Elle expérimente ensuite une nouvelle forme de vie pour honorer « la vie voyagère de la Sainte Vierge » où, « sans voile ni guimpe, on serait vraiment religieuse ».

En 1642, le gouverneur Paul de Chomedey de Maisonneuve cherche une institutrice pour Ville-Marie. Il rencontre Marguerite qui lui offre ses services. Elle s’embarque en 1653, n’emportant pour tout bagage qu’un petit paquet sous le bras. Elle a 33 ans. Durant la traversée, elle n’hésite pas à soigner les malades de la peste. Pendant quatre ans, elle seconde le gouverneur, prête main forte à Jeanne Mance à l’Hôtel Dieu, donne son matelas et ses couvertures à plus pauvre qu’elle et acquiert un grand ascendant sur les colons dont elle devient la conseillère.

En 1657, elle met en chantier une chapelle pour en faire un lieu de pèlerinage en l’honneur de Marie. Le projet est réalisé en 1678. Depuis ce temps, la chapelle abrite la statuette miraculeuse de Notre-Dame du Bon-Secours, que lui avait donnée le baron de Fancamp en 1672.

En 1658, Maisonneuve donne à Marguerite l’étable de la commune où elle commence son œuvre d’éducatrice. Elle y ouvre des classes, puis un pensionnat pour les enfants des colons, adopte de jeunes Iroquoises et fonde une congrégation pour les jeunes filles. Elle retourne en France en 1659 et en 1671, recrute de nouvelles compagnes et obtient des lettres patentes de Louis XIV. En 1676, Mgr de Laval reconnaît sa communauté en « qualité de filles séculières ». Lors d’un troisième voyage, l’évêque lui refuse l’autorisation de ramener de nouvelles compagnes. Elle admet alors les premières Canadiennes parmi lesquelles se trouvent deux Iroquoises.

Marguerite et ses filles enseignent la religion et les « premiers principes des lettres humaines », la vertu, la politesse et l’amour du travail. Marguerite met aussi sur pied l’ouvroir de la Providence et enseigne les métiers et les arts ménagers pour préparer les filles à leur rôle de mères de famille. Les « filles du roi » sont accueillies à la ferme Saint-Gabriel, devenue un service de protection et un lieu de fréquentation pour ces « filles à marier ».

Marguerite envoie bientôt ses filles deux à deux dans les nouvelles paroisses pour faire la classe aux enfants des colons. En 1697, Mgr de Saint-Vallier reconnaît la communauté « en qualité de filles de paroisse ». Marguerite Bourgeoys meurt le 12 janvier 1700, acclamée comme la « Mère de la colonie ». Elle a été canonisée le 31 octobre 1982 par le pape Jean-Paul II.

Sa spiritualité

Marguerite Bourgeoys a été influencée par l’École de spiritualité française du 17e siècle. Elle en a partagé la mystique, les préoccupations pédagogiques et apostoliques, les aspirations à l’action missionnaire. Cette spiritualité doit beaucoup à Thérèse d’Avila, mystique et réformatrice du Carmel, et à Philippe Néri, qui proposait de revenir au modèle de l’Église des premiers siècles. Saint François de Sales, le cardinal de

Bérulle, Jean-Jacques Olier, saint Jean Eudes et saint Vincent de Paul se font les promoteurs de la réforme de l’Église en France et proposent aux laïcs comme Marguerite, les exigences de l’amour de Dieu et la pratique de la charité envers les pauvres, sans clôture ni habit religieux.

L’amour de Dieu et du prochain résume toute la vie de Marguerite. Elle écrit un an avant sa mort: « Il est vrai que tout ce que j’ai toujours le plus désiré, et que je souhaite le plus ardemment, c’est que le grand précepte de l’amour de Dieu par-dessus toutes choses et du prochain comme soi-même soit gravé dans tous les cœurs. » Elle voudrait pour sa communauté « le vrai esprit de cordialité et d’amour qui faisait la gloire et le bonheur du premier christianisme », quand les chrétiens « n’étaient tous, en Dieu, qu’un cœur et qu’une âme » et que « tous les biens étaient communs entr’eux. »

Marguerite applique en Nouvelle-France la spiritualité qui l’avait nourrie à Troyes, et honore le mystère de la visitation de Marie. C’est à la manière de Marie qu’elle veut être disciple de Jésus: « Elle était la Mère et la Maîtresse de l’Église naissante qu’elle formait et instruisait à toutes sortes de biens par ses paroles et par ses exemples, l’instruction et l’édification faisant son principal caractère ». Elle écrit: « La Sainte Vierge

n’a point été cloîtrée, mais elle a gardé la solitude intérieure et n’est sortie que pour la nécessité, la charité ou l’instruction du prochain ou pour aller au temple. ( … ) Elle n’a jamais refusé de se trouver où la charité ou la nécessité avaient besoin de secours. Elle l’a fait d’une façon d’autant plus profitable à tous que la pauvreté et l’humilité dont elle faisait profession, étaient plus à la portée de tous. »

L’annaliste de l’Hôtel-Dieu écrira qu’elle a « tout le caractère de la femme forte de l’Évangile ». Femme d’affaires et d’organisation, elle propose une « vie simple et sans façon », une vie laborieuse comme celle des apôtres, qui devaient « travailler pour n’être à charge à personne », « une petite vie simple et proportionnée » à sa condition de pauvre fille. Elle veut que sa communauté suive Jésus « dans sa vie ‘étrette’, pauvre et humble, ( … ) car plus je Le suivrai sans crainte, plus Il me protégera; et plus je ferai sa volonté, plus il me témoignera son amour. » Au plus fort des épreuves spirituelles, elle écrit: « je n’ai pourtant jamais douté de la miséricorde de Dieu et j’espérerai en lui quand je me verrais un pied dans les enfers. »

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3 AVRIL † SAINTE MARIE-DE-L'INCARNATION † 1599-1672

Peinture de sainte Marie-de-l’Incarnation par Marius Dubois 2005-2006
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Marie Guyart est née à Tours, en France, le 28 octobre 1599. À sept ans, elle répond « oui » au Seigneur qui, dans un songe, lui demande d’être à lui. À 17 ans, elle épouse Claude Martin, négociant en soie, pour se soumettre à la volonté de ses parents en qui elle voit la volonté de Dieu. Veuve à 19 ans, avec un fils de six mois, elle réussit à liquider le commerce de son mari voué à la faillite, retourne chez son père et s’occupe de l’éducation de son fils.

À compter de cette époque, elle est favorisée de grâces mystiques qui intensifient son union à Dieu. Elle mène cette singulière vie contemplative tout en déployant ses talents d’administration. En 1621, son beau-père lui confie la direction de son entreprise de transports commerciaux. Elle passe des jours entiers dans l’écurie qui sert de magasin et elle est encore sur pied à minuit pour faire charger et décharger des marchandises.

En 1631, Marie entre au monastère des Ursulines de Tours, où elle prend le nom de Marie de l’Incarnation et laisse à sa sœur la charge et l’éducation de son fils Claude, âgé de douze ans. En 1639, elle peut répondre à sa vocation pour le Canada et s’embarque avec deux Ursulines et madame de la Peltrie, qui met sa fortune au service d’une fondation en Nouvelle-France. Arrivée à Québec elle écrit : « La première chose que nous fîmes fut de baiser cette terre en laquelle nous étions venues, pour y consommer nos vies pour le service de Dieu et de nos pauvres sauvages. »

Marie rédige des constitutions et des règles et bâtit un couvent de pierres pour les Ursulines qui doivent faire l’éducation des petites Indiennes et des petites Françaises qui partagent aussi le même gîte et la même table. Elle accueille et nourrit les Hurons et les Algonquins qui frappent à sa porte, les instruit et les encourage à être apôtres auprès de leur nation. Sa porte est aussi ouverte aux gouverneurs et aux notables, aux dames et demoiselles comme aux Blancs et aux Indiens dans le besoin.

Au milieu de toutes ces activités, elle entretient avec des compatriotes français une vaste correspondance d’intérêt historique et spirituel; 278 de ces lettres ont été conservées. Marie de l’Incarnation rédige des catéchismes et des prières en huron et en algonquin et fait la compilation d’un gros dictionnaire algonquin. Elle écrit une relation autobiographique de « ses états d’oraison et de grâce » qui la placent parmi les maîtres de vie spirituelle. On a aussi conservé d’elle un recueil des instructions qu’elle donnait aux novices de Tours. À cause de la qualité mystique de ses écrits, elle a été surnommée par Bossuet « la Thérèse de la Nouvelle-France ». Marie de l’Incarnation est morte à Québec le 30 avril 1672. Elle a été déclarée bienheureuse par le pape Jean Paul II le 22 juin 1980. Elle est canonisée par le Pape François, le 3 avril 2014, alors que les Ursulines célèbrent le 375e anniversaire de son arrivée en ce pays.

Sa spiritualité

Dès son enfance, Marie Guyart est prise d’une telle compassion pour les pauvres, qu’elle leur donne tout ce qu’elle peut et veut se donner elle-même pour eux : « Je ne saurais dire combien je les aimais, et le ressentiment que j’avais quand on leur refusait la charité m’était fort sensible. » On disait qu’elle était « née pour faire la charité ».

Lorsqu’elle était surchargée d’affaires, elle s’adressait à celui qu’elle appelait son « Refuge ordinaire » et le priait : « Mon Amour, il n’y a pas moyen que je fasse toutes choses, mais faites-les pour moi. » Elle écrit : « Ces nouveaux tracas ne me détournaient point de la grande application que j’avais à Dieu et qui m’occupait toujours, mais plutôt je m’y sentais fortifiée parce que tout était pour la charité et non pour mon profit particulier. »

Après son entrée au cloître, Marie de l’Incarnation se sent attirée par la vie missionnaire et consent à se séparer de son fils de 20 ans qu’elle rallie même à son projet. Elle compose une prière missionnaire : « C’est par le Cœur de mon Jésus, ma Voie, ma Vérité, ma Vie, que je m’approche de Vous, ô Père éternel. ( … ) Je fais le tour du monde pour y chercher toutes les âmes rachetées du sang précieux de mon divin Époux. Je veux vous satisfaire pour elles toutes. Par ce divin Cœur, je les embrasse toutes pour vous Les présenter par Lui. Je vous demande leur conversion, afin qu’elles vivent par ce divin Cœur. Amen! »

Marie de l’Incarnation entretient avec Dieu une relation amoureuse, source de confiance, de fidélité, de générosité et de désintéressement : « Dieu ne m’a jamais conduite par un esprit de crainte, mais par celui de l’amour et de la confiance », écrit-elle à son fils. « Je suis beaucoup plus imparfaite que vous, lui écrit-elle une autre fois, mais pourquoi tant hésiter à nous perdre en Celui qui nous veut nettoyer et qui le fera si nous nous perdons en lui par une amoureuse et hardie confiance. Les petits font de petits présents; mais un Dieu divinise ses enfants et leur donne des qualités conformes à cette haute dignité. C’est pour cela que je me plais plus à l’aimer et à le caresser, qu’à me tant arrêter à considérer mes bassesses et mes indignités. » Alliant merveilleusement la vie apostolique et la vie mystique, Marie de l’Incarnation vivait aussi familièrement avec la Vierge Marie : « Je la sentais, sans la voir, auprès de moi m’accompagnant partout dans les allées et venues qu’il me convenait faire dans le bâtiment. » Chemin faisant, elle lui dit, en sautant sur les échafaudages : « Allons, ma divine Mère, allons voir nos ouvriers. »

Dans les épreuves, c’est vers Dieu qu’elle se tourne, comme elle l’écrit à son fils : « Mais que ferez-vous dans l’impuissance où vous êtes de suivre Dieu et d’imiter sa perfection? Pour moi, quand je me vois dans cette impuissance, je tâche de me perdre en lui, et si mon cœur en a le pouvoir, il traite avec lui familièrement … Pour vous parler ingénument, ma vie est d’entretenir continuellement ce commerce … »

Pour en savoir plus à propos de sainte Marie-de-l’Incarnation …

17 AVRIL † SAINTE KATERI TEKAKWITHA † 1656-1680

Peinture de sainte Kateri Tekakwitha par Marius Dubois en 2003
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Kateri Tekakwitha est née en 1656 d’une Algonquine et d’un chef Iroquois de la tribu de la Tortue, dans le village agnier d’Ossernenon, aujourd’hui Auriesville, dans l’État de New York. Sa mère avait vécu au poste français des Trois-Rivières et était chrétienne. La fillette avait quatre ans quand une épidémie de vérole se déclare dans la bourgade, emporte ses parents et son jeune frère et la laisse les yeux malades et le visage grêlé. Elle est accueillie par un oncle et élevée par ses tantes. Comme elle ne peut pas supporter l’éclat de la lumière du jour, on la surnomme Tekakwitha : celle qui avance en tâtonnant.

En 1666, une expédition française contre les Agniers oblige sa tribu à se réfugier dans la forêt pour y passer l’hiver. Tekakwitha accompagne les siens sur la rive nord de la rivière Mohawk, à un endroit qu’ils nomment Kahnawaké. C’est là qu’elle rencontre pour la première fois des missionnaires jésuites. Elle est frappée de leurs manières affables et de leur piété. Elle s’occupe des travaux domestiques et est habile à manier l’aiguille pour décorer les mocassins et les chemises et confectionner des colliers. Elle participe aux travaux des champs, aux cueillettes de fruits et à la récolte de légumes.

Elle doit subir les heurts de sa famille lorsqu’elle refuse l’époux qu’on lui propose. Quand le jésuite Jacques de Lamberville lui rend visite à l’automne 1675, elle demande le baptême. Après un catéchuménat de six mois, elle est baptisée le jour de Pâques 1676, sous le nom de Kateri. Pendant plus d’un an, sa famille continue de la persécuter et la prive de nourriture parce qu’elle ne veut pas travailler le dimanche. On lui lance des pierres quand elle se rend à la chapelle pour prier et une de ses tantes l’accuse même d’avoir une liaison avec son oncle. Le Père de Lamberville lui conseille alors d’aller vivre à la mission Saint-François-Xavier, sur la rive sud du Saint-Laurent, en face de Montréal.

Dans ce village, elle retrouve d’autres chrétiens et les Jésuites qu’elle avait rencontrés en 1666. Kateri fait sa première communion le jour de Noël 1677. Elle passe des heures en prière à la chapelle. Durant la chasse d’hiver, elle continue ses exercices de piété tout en se livrant aux travaux communs, et se fait un oratoire d’une croix taillée dans un arbre, près d’un ruisseau. D’autres épreuves fondent sur elle quand elle est accusée d’avoir couché avec l’époux d’une Indienne et que ses parents veulent la forcer à se marier. Elle ne peut réaliser son désir de fonder une communauté de religieuses autochtones, mais elle fait vœu de chasteté le 25 mars 1679. Accablée de migraines, d’une fièvre lente et d’un grand mal d’estomac, elle meurt le 17 avril 1680, à l’âge de 24 ans. Elle a été béatifiée par le pape Jean-Paul II le 22 juin 1980. Sainte Kateri Tekakwitha a été canonisée, le 21 octobre 2012, à Rome, par Benoît XVI. Elle est alors devenu « la première autochtone nord-américaine à monter sur les autels ».

Sa spiritualité

Quand Tekakwitha prend soin des Jésuites de passage, ceux-ci remarquent sa réserve et sont touchés de sa modestie et de sa douceur. De son côté, elle est attirée par leurs manières, leur assiduité à la prière et les exercices qu’ils pratiquent. Depuis cette rencontre, elle entretient le désir de devenir chrétienne. Habile travailleuse, elle mène une vie effacée, à cause de la faiblesse de sa vue, mais participe aux tâches communes de la vie de la tribu : cueillette des fruits, ramassage du bois, couture, participation aux expéditions de chasse, préparation des repas.

Lorsqu’elle se prépare au baptême, elle suit les instructions avec une telle ferveur que le jésuite l’initie en détail à la vie chrétienne et l’admet au sacrement six mois plus tard. Tous les membres de la tribu sont unanimes à faire l’éloge de la conduite de la jeune catéchumène. Plus tard, le Père de Lamberville lui rendra le témoignage qu’elle ne s’était jamais relâchée de sa ferveur première, même quand la persécution des siens s’abattit sur elle. Lorsqu’elle se rend à la mission Saint-François-Xavier, le jésuite la recommande à son confrère en ces termes : « Je vous envoie un trésor, gardez-le bien. »

La direction spirituelle de Kateri est confiée au Père Cholenec qui ne tarde pas à l’admettre à la première communion. Elle manifeste une véritable faim de l’eucharistie et veut s’unir plus intimement aux souffrances du Christ. Son biographe, le Père Chauchetière, dira que la devise de toute sa vie était : « Qui est-ce qui m’apprendra ce qu’il y a de plus agréable à Dieu afin que je le fasse? » L’église devient presque sa demeure. Elle y arrive à quatre heures du matin, assiste à la première messe de l’aube et à une autre au lever du soleil. On la retrouve devant le tabernacle plusieurs fois par jour et le soir pour la prière commune.

Ardente priante, elle développe une vie intérieure dont l’élan d’amour trouve à s’exprimer avec les autres. Elle prie pour que son peuple accueille la Bonne Nouvelle de l’Amour qui la fait vivre, jeûne et se livre même à des actes de mortification excessifs qu’elle abandonne rapidement sur l’avis de son directeur spirituel.

Elle répond à une veuve qui l’incite à se marier : « Si vous estimez tellement le mariage, convolez! Quant à moi, tout ce que je désire, c’est la paix! » Une visite aux Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal lui inspire le désir de se consacrer à Dieu. Avec son amie Marie-Thérèse Tegaiaguenta et la huronne Skarikions, elle veut fonder un monastère à l’Ile aux Hérons. Ce projet n’a pas de suite, mais elle fait vœu de chasteté : « La chose était si nouvelle , écrit le Père Cholenec, que je crus ne devoir rien précipiter ( … ) après avoir bien examiné sa conduite et les grands progrès qu’elle faisait en toute sorte de vertus et surtout avec combien de profusion Dieu se communiquait à sa servante, il me sembla que ce dessein de Kateri ne pouvait venir que de lui. »

Pour en savoir plus à propos de sainte Kateri Tekakwitha …

18 AVRIL † BIENHEUREUSE MARIE-ANNE BLONDIN † 1809 - 1890

Peinture de la bienheureuse Marie-Anne Blondin
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Esther Blondin (Mère Marie-Anne) est née à Terrebonne (Québec), le 18 avril 1809. Ses parents lui transmettent une éducation profondément chrétienne, centrée sur l’Eucharistie, l’abandon à la divine Providence et l’amour des pauvres. Encore analphabète à 22 ans, elle s’engage comme domestique au couvent des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame de son village. Un an plus tard, elle s’y inscrit comme pensionnaire pour apprendre à lire et à écrire. Puis elle entre au noviciat de la même Congrégation, qu’elle doit quitter pour des raisons de santé.

Devenue institutrice à Vaudreuil en 1833, Esther découvre une des causes de l’analphabétisme ambiant : un règlement d’Église qui interdit les écoles mixtes. Incapables de financer deux écoles paroissiales, beaucoup de curés choisissent de n’en tenir aucune. Au printemps de 1848, poussée par un appel de l’Esprit, Esther soumet à son évêque un projet qu’elle nourrit depuis longtemps : « fonder une congrégation religieuse pour l’instruction et l’éducation des enfants pauvres des campagnes, dans des écoles mixtes ». Mgr Bourget trouve le projet « téméraire, subversif de l’ordre établi et contraire aux principes de la saine morale ». Mais comme l’État favorise ce genre d’écoles, il autorise un modeste essai. La Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne est fondée à Vaudreuil, le 8 septembre 1850.

En 1853, la Maison mère est transférée à Saint-Jacques-de-l’Achigan. L’aumônier, Louis-Adolphe Maréchal, ne manque aucune occasion de s’ingérer dans la vie interne de la communauté. En août 1854, après un an de conflit ouvert entre l’aumônier et Mère Marie-Anne, soucieuse de protéger les droits de sa communauté, Mgr Bourget demande à cette dernière de démissionner et de ne pas accepter d’être réélue supérieure. Mère Marie-Anne obéit, pour accomplir la volonté de Dieu qu’elle reconnaît dans la voix de l’autorité épiscopale.

Nommée directrice du couvent de Sainte-Geneviève, Mère Marie-Anne devient une cible de harcèlement pour les nouvelles autorités de la communauté. En 1858, elle est de nouveau destituée. On la ramène à la Maison mère et, jusqu’à sa mort, on l’affecte aux plus obscurs travaux. Une supérieure pousse même la malveillance jusqu’à lui dérober sa correspondance personnelle avec Mgr Bourget. En tout cela, Mère Marie-Anne garde silence. Sa seule consolation est d’être affectée aux travaux de la buanderie auxquels collaborent les novices qu’elle édifie par sa patience, son humilité et sa charité exemplaires.

Après de longues années d’exclusion, Mère Marie-Anne décède à la Maison mère de Lachine, le 2 janvier 1890. Déclarée Vénérable le 14 mai 1991, elle est béatifiée par le Pape Jean-Paul II, le 29 avril 2001.

Sa spiritualité

Dans le long chemin de croix qui tisse la trame de sa vie, Mère Marie-Anne se révèle une authentique femme-disciple qui accepte de suivre le Christ jusqu’au Calvaire, pour que vive sa communauté. Forcée de démissionner, elle ne s’attache pas jalousement à son titre de fondatrice. Elle accepte librement d’être dépouillée de ses droits les plus légitimes. Et elle obéit en « bénissant la conduite toute maternelle de la divine Providence qui la fait passer par la voie des tribulations et des croix ».

Mère Marie-Anne renouvelle fréquemment son sacrifice en « se donnant à l’esprit de la croix », ce qui explique la profonde humilité qui caractérise toute sa vie. Jamais mentionnée comme « fondatrice » lors des célébrations du 25e anniversaire de la Congrégation, elle ne revendique rien. Elle se réfugie plutôt dans le silence de l’humilité; car l’important pour elle n’a jamais été la reconnaissance de son titre de fondatrice, mais la survie de sa communauté. Elle a sûrement médité souvent la péricope évangélique du grain jeté en terre qui doit mûrir pour porter du fruit. En témoigne la réponse toute spontanée qu’elle fit un jour à une novice qui lui demandait pourquoi elle, la fondatrice, était maintenue dans de si obscurs travaux. « Plus un arbre enfonce profondément ses racines dans le sol, avait-elle répondu, plus il a de chances de grandir et de porter du fruit ».

Même si on lui interdit de se laisser appeler « Mère », Mère Marie-Anne ne renonce pas pour autant à sa maternité spirituelle. Un an après sa déposition, elle « s’offre à Dieu pour expier tout le mal qui s’était commis dans la communauté ». Et elle prie tous les jours sainte Anne « d’obtenir à ses filles spirituelles le don de l’enseignement et toutes les vertus que doivent posséder les éducatrices de la jeunesse chrétienne ».

Traquée de toutes parts, Mère Marie-Anne choisit de répondre à la violence par la douceur. Cette force morale, qui lui permet de demeurer sereine malgré les outrages, c’est dans la confiance en Dieu qu’elle la puise. Elle s’en remet à lui, « gardant continuellement dans la bouche et dans le cœur ces paroles du psalmiste : J’ai espéré en vous, Seigneur, je ne serai jamais confondue ». Victime d’injustices, Mère Marie-Anne n’a jamais cherché à se faire justice à elle-même. Elle remet sa cause entre les mains de Dieu, « sachant bien qu’il saura discerner le vrai du faux et rendre à chacun selon ses œuvres ».

Fidèle à l’esprit des Béatitudes, Mère Marie-Anne s’est toujours révélée femme de grande miséricorde. Directrice au couvent de Sainte-Geneviève, elle avait demandé à Mgr Bourget l’autorisation d’inviter l’abbé Maréchal pour la retraite des élèves, invoquant le motif « qu’il y a plus de bonheur à pardonner qu’à se venger ». Et, suprême manifestation de sa vie de pardon, elle demande à sa supérieure, sur son lit d’agonie, de « faire venir l’abbé Maréchal pour l’édification des sœurs ».

Toute la vie de Mère Marie-Anne se présente comme une longue quête de la volonté de Dieu. Elle « s’y attachait fortement pour ne pas perdre la paix du cœur, bien si précieux qu’elle préférait tout perdre pour la conserver ». Et elle communiait à cette volonté dans un amoureux « Fiat! », exprimé surtout dans les circonstances contrariantes de sa vie. Rien d’étonnant, dès lors, qu’elle lègue à ses filles ces dernières paroles, en guise de testament spirituel : « Que l’Eucharistie et l’abandon à la volonté de Dieu soient votre ciel sur la terre ».

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4 MAI † BIENHEUREUSE MARIE-LÉONIE PARADIS † 1840-1912

Peinture de bienheureuse Marie-Léonie Paradis
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Élodie Paradis est née le 12 mai 1840 dans le village de l’Acadie (Québec). Elle était la troisième d’une famille de six enfants. Camille Lefebvre, un ami de la famille, qui se joindra bientôt à la congrégation de Sainte-Croix, récemment arrivée au Canada, lui apprend l’existence d’une communauté de religieuses au service des établissements des Pères et des Frères. Elle entre au noviciat des Marianites de Sainte-Croix à l’âge de 14 ans et prend le nom de sœur Marie-de-Sainte-Léonie. Elle enseigne à Varennes, à Saint-Laurent et à Saint-Martin de Laval avant d’être envoyée à New York en 1862, où les sœurs viennent d’accepter la responsabilité d’un orphelinat.

En 1870, on confie à sœur Marie-Léonie l’enseignement du français et des travaux d’aiguille au noviciat de l’Indiana, aux États-Unis. Après un bref séjour à Lake Linden, au Michigan, elle est appelée, en 1874, à diriger une équipe de novices et de postulantes au collège de Memramcook, au Nouveau-Brunswick, dirigé par son compatriote, le père Camille Lefebvre. Elle se sent de plus en plus attirée par le service domestique dans les collèges dont le nombre ne cesse de croître dans les diocèses du Canada et de la Nouvelle-Angleterre.

Pour répondre aux besoins des jeunes Acadiennes de langue française qui se destinent à la vie religieuse, elle fonde un ouvroir pour les accueillir. Le 26 août 1877, elles sont quatorze à endosser un habit particulier. Le 31 mai 1880, la nouvelle communauté, placée sous le modèle de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, est reconnue par les Pères de Sainte-Croix. Pendant vingt ans, Mère Marie-Léonie demandera en vain à Mgr John Sweeney, évêque de Saint-Jean, N.-B., d’approuver son Institut. En 1895, l’évêque de Sherbrooke, Mgr Paul LaRocque, accueille la maison-mère et le noviciat des Petites Sœurs de la Sainte-Famille qui viennent d’accepter le service du séminaire de la ville. Il approuve l’Institut le 26 janvier 1896.

Mère Marie-Léonie poursuit alors son œuvre d’éducation et de promotion humaine et spirituelle des jeunes filles illettrées et pauvres attirées par la nouvelle communauté. Elle sait l’importance de l’œuvre sociale qu’elle poursuit au service des collèges diocésains aux prises avec d’énormes difficultés de personnel. Elle multiplie les voyages pour répondre aux nouvelles demandes, mais surtout pour assurer la formation de ses sœurs et régler les problèmes concrets d’organisation des maisons. Dans sa correspondance, les conseils pratiques pour la cuisson des aliments, la confection du menu, le jardinage et l’entretien, voisinent avec les avis spirituels et les ordonnances de santé. À sa mort, le 3 mai 1912, l’Institut avait à son actif 38 fondations au Canada et aux États-Unis. Mère Marie-Léonie a été béatifiée à Montréal le 11 septembre 1984 par le pape Jean-Paul II, dans le cadre de sa visite au Canada.

Sa spiritualité

Dès le début de sa vie religieuse, la jeune sœur Marie-Léonie est attirée par l’idée de collaborer avec les prêtres dans l’œuvre d’éducation des jeunes en leur procurant un appui matériel et moral. Elle avait l’intuition du « sacerdoce commun des fidèles » qui devait être mis en lumière par le concile Vatican II. À l’exemple de Marie et des femmes qui ont suivi Jésus durant sa vie , elle a voulu servir le Christ, être disciple et témoin, en collaborant au ministère des prêtres et en contribuant à améliorer la qualité de vie des jeunes qui fréquentaient les collèges : « Les prêtres ont besoin, il me semble, d’auxiliaires dans leur tâche d’apostolat et personne ne paraît le soupçonner … Cette pensée me hante sans relâche et me bouleverse étrangement. »

En assurant la formation des jeunes filles désireuses de collaborer à son œuvre, la fondatrice assure du même coup leur promotion. Pour la plupart de ces femmes d’origine modeste, c’est le seul espoir d’accéder à la vie religieuse, à un service significatif et à une formation supérieure à celle que pouvait leur donner leur famille. Comme elle l’écrit en 1899, au curé de Suncook, New-Hampshire, « la communauté des Petites Sœurs de la Sainte-Famille a été fondée pour donner aux jeunes filles pauvres et sans instruction l’avantage de la vie religieuse ».

L’esprit de foi de Mère Marie-Léonie lui fait voir et servir le Christ dans la personne du prêtre. Intelligente, douée de jugement et de sens pratique, elle n’ignore pas que le prêtre a ses défauts. Aussi disait-elle à ses sœurs d’éviter de parler d’eux, « de crainte de ne pouvoir en dire que du bien ». Ce qui importe pour elle, c’est la dimension spirituelle du sacerdoce : « Redoublez de courage et de générosité au service de Dieu dans la personne de ses ministres et dans leurs œuvres! » – « Pensez à la faveur que Dieu daigne vous accorder en vous faisant coopérer à la belle Œuvre d’éducation … »

Mgr Paul LaRocque dira qu’elle a passé toute sa vie à se donner : « Elle avait toujours les bras ouverts et le cœur sur la main, un bon et franc rire sur les lèvres, accueillant tout le monde comme si c’eût été Dieu lui-même. Elle était toute de cœur. » Sa générosité ne se limitait pas à sa famille religieuse. Quelle que soit la pauvreté de son œuvre, elle n’hésite pas à se pencher sur tous les besoins : elle secourt les malades qui frappent à sa porte, une famille pauvre rencontrée en voyage; elle héberge plusieurs religieuses chassées de France. Son esprit missionnaire lui fait adopter une jeune Kabyle dont le fils sera le premier prêtre de son ethnie.

« Notre mission dans l’Église est d’aider le prêtre sur le plan temporel et spirituel, mais ce qu’il nous demande comme un suprême témoignage, c’est de nous aimer entre nous et d’aimer tous les hommes, non d’un amour quelconque, mais de tout l’amour que Dieu leur porte. Il faut donc nous redire sans nous lasser que notre œuvre principale c’est la charité. »

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6 MAI † SAINT FRANÇOIS DE LAVAL † 1623-1708

Peinture de saint François de Laval par Marius Dubois en 2005-2006
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Issu d’une famille seigneuriale, François de Laval est né à Montigny-sur-Avre, dans le diocèse de Chartres, en France, le 30 avril 1623. Il étudie chez les Jésuites au collège de La Flèche, puis au collège de Clermont à Paris, où il est ordonné prêtre en 1647. Nommé archidiacre du diocèse d’Evreux, il assume alors la responsabilité de plus de 150 paroisses et la visite des pauvres. En 1653, après l’échec d’un projet missionnaire qui l’aurait amené au Tonkin (Viet-Nam), il se retire à Caen et se consacre à la prière, à l’oraison, aux soins des pauvres et des malades. Il s’occupe aussi avec succès de la réforme d’un monastère et des affaires d’une communauté d’hospitalières.

Le 3 juin 1658, François de Laval est nommé vicaire apostolique au Canada, contre les prétentions de l’archevêque de Rouen qui veut exercer sa juridiction en Nouvelle-France. Il est sacré évêque secrètement à Paris le 8 décembre suivant et arrive à Québec le 16 juin 1659. Il doit d’abord imposer son autorité contre les tendances gallicanes de certains membres de la colonie qui compte alors cinq paroisses et moins de 2500 personnes. Il a des difficultés avec la plupart des gouverneurs : querelle de préséance, mais surtout opposition au trafic de l’eau-de-vie avec les Amérindiens, une source de revenus pour la colonie mais la cause de meurtres, viols et autres actes de violence.

En 1663, Mgr de Laval crée le Séminaire de Québec destiné à être au cœur de la vie et de l’organisation de l’Église du Canada : lieu de formation des futurs prêtres, centre d’affiliation pour les ecclésiastiques qui y vivent en commun, futur chapitre diocésain, centre de direction des paroisses dont les curés seraient nommés par l’évêque et les directeurs du Séminaire, centre de distribution des dîmes. Nommé évêque de Québec par Louis XIV en 1663, Mgr de Laval sera confirmé par Rome dans cette fonction en 1674.

L’évêque de Québec consacre des sommes importantes pour venir en aide aux pauvres et assurer l’instruction des enfants. En 1668, il fonde un petit séminaire et crée plus tard une école d’arts et métiers. Il administre le sacrement de confirmation aux colons et aux Amérindiens et encourage les associations de piété: Congrégation des hommes, Confréries de la Sainte-Famille et de Sainte-Anne. En 1681, il entreprend sa dernière visite pastorale des paroisses et remet sa démission en 1684.

En 25 ans, le nombre des paroisses du Canada était passé de 5 à 35, celui des prêtres de 25 à 102, celui des religieuses de 32 à 97; 13 prêtres et 50 religieuses étaient nés au pays. De retour à Québec en 1688, Mgr de Laval se retire au Séminaire et consacre le reste de sa vie à la prière, à la pénitence et au soin des pauvres. En dépit des souffrances que lui causent des plaies aux jambes et aux pieds, il remplace son successeur durant ses longues absences et meurt dans l’exercice de ces fonctions le 6 mai 1708. Il a été proclamé bienheureux par le pape Jean-Paul II le 22 juin 1980. Il a été déclaré saint par le pape François le 3 avril 2014 qui a utilisé le rare processus de canonisation équipollente.

Sa spiritualité

François de Laval est initié de bonne heure à l’esprit missionnaire et à la spiritualité de ses éducateurs, les Jésuites. Après avoir opté pour le sacerdoce, son détachement des biens matériels lui fait refuser de renoncer à sa vocation pour prendre en charge le patrimoine de sa famille. Après son ordination sacerdotale, il se joint à la société des Bons Amis avec des collègues théologiens pour pratiquer la vie commune, s’adonner à la prière et à la méditation, vaquer au soin des malades et à l’instruction des enfants abandonnés.

Alors qu’il est archidiacre du diocèse d’Évreux, il occupe la majeure partie de son temps à collaborer avec les curés pour réformer les paroisses et s’occuper des pauvres. Après l’échec du projet missionnaire du Tonkin, François de Laval se retire dans un Ermitage de Caen. Disciple du Père Bagot et du laïc Jean de Bernières, il pratique le renoncement aux biens terrestres, est assidu à la prière et à l’oraison et adopte les dévotions à Marie, à la Sainte Famille et aux saints anges qu’il propagera plus tard à Québec. Cette spiritualité est axée sur l’engagement à secourir les pauvres, à soigner les malades, à instruire les enfants et à multiplier les gestes de charité.

Convaincu que la Providence le veut en Nouvelle-France, François de Laval devient missionnaire d’un vicariat apostolique où il doit imposer son autorité d’évêque. Travailleur infatigable, il doit faire face aux oppositions constantes entre l’Église et l’État, adresse un mémoire à Colbert et réussit partiellement. En 1679, Louis XIV interdit la traite de l’eau de vie à l’extérieur des habitations françaises. Mais son œuvre principale sera la mise en place de structures adaptées à la situation de l’Église à cette époque: érection du diocèse de Québec, formation du chapitre diocésain, décisions pour un partage équitable des dîmes, établissement des cures, création de paroisses. Là encore, ses vues seront en butte à l’opposition de l’autorité civile.

Au témoignage de Marie de l’Incarnation, « c’est bien l’homme du monde le plus austère et le plus détaché des biens de ce monde. Il donne tout et vit en pauvre, et l’on peut dire avec vérité qu’il a l’esprit de pauvreté ». En 1680, Mgr de Laval cède au Séminaire de Québec les terres, fiefs et seigneuries qu’il avait acquises pour permettre le soutien des paroisses. La visite de son vaste diocèse a raison de ses forces. Malade, il complète son œuvre en érigeant quelques paroisses et fait des dons pour la construction de la chapelle du Séminaire et de l’église de Saint-Joachim.

Il fera preuve d’un tel désintéressement à l’égard de ses propres réalisations, qu’il n’hésitera pas à appuyer l’autorité de son successeur dont les vues diffèrent des siennes concernant l’organisation du diocèse. Il ira jusqu’à inviter les prêtres du Séminaire à se soumettre, prêchera la réconciliation et s’emploiera à restaurer la paix entre les prêtres et le nouvel évêque, Mgr de Saint-Vallier.

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8 MAI † BIENHEUREUSE CATHERINE DE SAINT-AUGUSTIN † 1632-1668

Peinture de la bienheureuse Catherine de Saint-Augustin par Marius Dubois en 2004
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Née le 3 mai 1632 à Saint-Sauveur-le-Vicomte, en Normandie (France), Catherine de Longpré a été élevée par ses grands-parents maternels qui recueillent chez eux les pauvres, leur donnent à manger et les soignent. Dès l’âge de trois ans, elle manifeste un désir très grand de faire la volonté de Dieu et retient la leçon d’un jésuite qui lui dit qu’« on fait plus assurément la volonté de Dieu dans les afflictions, les humiliations et les souffrances que lorsqu’on a tout à souhait. »

À cinq ans, elle est l’objet de manifestations mystiques; à huit ans, elle comprend que l’Esprit Saint veut qu’elle soit une sainte et à dix ans, elle signe une donation d’elle-même à « Madame Marie ». Jolie, spirituelle, douée d’un caractère gai et d’une belle voix, elle fait preuve de détermination et aime à se mettre en valeur et à se faire remarquer. Elle est attirée par les plaisirs sensuels. Mais malgré son attrait pour la vie dans le monde, elle décide à douze ans d’entrer à l’Hôtel-Dieu de Bayeux, dirigé par les Hospitalières de la Miséricorde de Jésus.

Deux ans plus tard, le 24 octobre 1646, Catherine commence son noviciat sous le nom de Catherine de Saint-Augustin. À quinze ans, elle s’offre pour la mission du Canada et fait vœu « de vivre et de mourir en Canada si Dieu lui en ouvre la porte. » Le 4 mai 1648, à 16 ans, elle fait profession solennelle à Nantes et s’embarque pour le Canada le 27 mai suivant. Arrivée à Québec le 19 août, elle apprend les langues indiennes, soigne et encourage les malades. Au printemps 1649, elle prend comme modèle le jésuite Jean de Brébeuf qui vient d’être martyrisé par les Iroquois. De 1654 à 1668, elle occupe successivement les fonctions d’économe, de directrice générale à l’hôpital, de maîtresse des novices.

Obsédée par des tentations intérieures et favorisée de grâces mystiques exceptionnelles, Catherine est souvent frappée par la maladie. En 1654, elle fait vœu de toujours rester au Canada et en 1658, elle s’offre elle-même en esprit de réparation pour le salut de la Nouvelle-France. À cause de cela, on la considère comme cofondatrice de l’Église du Canada.

En 1665, Catherine fait vœu d’accomplir « tout ce que je connaîtrai être de plus parfait et à la plus grande gloire de Dieu. » Elle tombe malade et meurt paisiblement, le 8 mai 1668, à l’âge de 36 ans. Au moment de sa mort, elle jouit déjà d’une réputation de sainteté au Canada et en France. Trois ans plus tard, le jésuite Paul Ragueneau, publie une relation de sa vie et de ses combats spirituels à partir de sa correspondance et du Journal qu’elle a écrit sur l’ordre de ses directeurs spirituels. Elle a été béatifiée le 23 avril 1989 par le pape Jean-Paul II.

Sa spiritualité

Dès l’âge de trois ans, Catherine de Longpré manifeste de façon précoce une profonde inclination à accomplir de façon absolue la volonté de Dieu. Ce trait marquera tout son itinéraire spirituel. C’est sous la figure d’un pauvre qu’un jésuite lui fait comprendre que la souffrance acceptée pour accomplir la volonté divine a une valeur rédemptrice pour l’Église. La spiritualité de Catherine porte la marque de son temps. Elle est influencée par le rigorisme des Jésuites et saint Jean Eudes qui mettent l’accent sur les exigences de la justice divine. Dans cet esprit, elle se constitue otage volontaire de la justice divine pour obtenir le salut de la Nouvelle-France : « Je me suis offerte à la divine Majesté pour lui servir de victime toutes les fois qu’il lui plaira: je n’envisage ni ma vie, ni mes intérêts, je veux que Dieu en dispose selon sa très sainte volonté. »

Catherine expérimente avec force le mal du péché et se solidarise avec les pécheurs : « Je me trouvais toute accablée sous la pesanteur intolérable de tant de crimes que je voyais [ … ] J’ai tiré de là l’impétueux élan d’être utile aux âmes. » À Québec, elle prie pour que prenne fin le trafic de l’alcool et les abus qu’il entraîne. Elle supporte peines et souffrances en union avec Jésus pour attirer la miséricorde de Dieu sur la colonie.

Catherine vit ses expériences mystiques au rythme des grandes fêtes de la liturgie : Pâques, l’Ascension, l’Invention de la Sainte Croix, Toussaint, Noël. « Le 12 juin 1664, veille de la Pentecôte, je vis le Saint-Esprit sous la forme d’une grosse nuée qui ne demandait qu’à se décharger de toutes parts … » Elle a une dévotion toute particulière à l’eucharistie qui est la source principale de sa force contre les tentations, à la Vierge Marie, à saint Joseph et à son protecteur Jean de Brébeuf.

Les souffrances et les phénomènes exceptionnels de la vie de Catherine ont été vécus dans la plus grande discrétion. Femme de décision et d’action, elle semait la joie et la consolation chez les personnes qu’elle soignait et leur prodiguait sa tendresse. Ses écrits révèlent un solide bon sens, un jugement vigoureux et lucide, de l’ouverture et de la franchise, de la générosité et du désintéressement. Elle est capable de fermeté et de sens critique. Son attachement à son pays d’adoption est tel qu’elle fait vœu de mourir en terre canadienne si telle est la volonté de Dieu et d’y rester pour servir les pauvres et les malades, même si toutes les religieuses retournaient en France.

L’évêque de Québec, Mgr François de Laval, a connu la vie intérieure de Catherine, ses épreuves et ses dons exceptionnels. Il rendra ce témoignage après sa mort : « Je n’ay pas besoin des choses extraordinaires qui se sont passées en elle pour être convaincu de sa sainteté; ses véritables vertus me la font parfaitement connoître. »

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24 MAI † BIENHEUREUX LOUIS-ZÉPHIRIN MOREAU † 1824-1901

Peinture du bienheureux Mgr Louis-Zéphirin Moreau
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Louis-Zéphirin Moreau est né à Bécancour, au Québec, en 1824. Il était le cinquième d’une famille de cultivateurs comptant treize enfants. Peu apte aux travaux des champs en raison d’une santé délicate, il cachait une intelligence vive et réfléchie derrière un physique ingrat. Pieux, doux, modeste et tenace, il étudie au séminaire de Nicolet et se destine au sacerdoce. Il fait ses études en théologie tout en enseignant la versification. Sa santé l’oblige bientôt à prendre du repos et quand il demande à l’évêque de Québec, Mgr Signay, de l’admettre au sacerdoce, celui-ci refuse, estimant qu’il avait déjà assez de « pots fêlés » dans son diocèse.

Le jeune homme de 22 ans se rend alors auprès de l’évêque de Montréal, Mgr Bourget, qui l’accueille. Il est ordonné prêtre le 19 décembre 1846 et exerce les fonctions de maître de cérémonie à la cathédrale et de secrétaire adjoint à l’évêché, avant de devenir responsable de la chancellerie diocésaine et chapelain à l’Asile de la Providence.

Pendant six ans, l’abbé Moreau s’initie ainsi à l’administration diocésaine et à la pastorale pour laquelle il n’a pas beaucoup d’attrait, mais sa bonté à l’égard des pauvres était si grande que ceux-ci l’appelaient « le bon Monsieur Moreau ». Sous la direction de Mgr Bourget, il développe la dévotion à l’Eucharistie, à Marie, au Sacré-Coeur et à l’Église. À la création du diocèse de Saint-Hyacinthe, en 1852, l’abbé Moreau est nommé, à 28 ans, secrétaire-chancelier du premier évêque, Mgr Jean-Charles Prince. Il est aussi curé de la cathédrale, procureur, chapelain des religieuses, des fonctions qu’il occupera pendant près de 24 ans auprès des trois premiers évêques de ce diocèse, avant de leur succéder en 1876. Il prend comme devise : « Je peux tout grâce à celui qui me donne sa force. »

Mgr Moreau fonde de nouvelles paroisses, construit la cathédrale, crée le chapitre diocésain. Il fait venir et fonde de nouvelles communautés religieuses, pour l’éducation des enfants et le service des prêtres. Charitable, il puise à même son salaire et donne de ses vêtements personnels aux pauvres. On l’appelle le « saint » Mgr Moreau. Il connaît les œuvres des catholiques sociaux français et lit leurs publications. En 1874, il s’en inspire pour fonder l’Union Saint-Joseph, afin de venir en aide aux travailleurs et pallier aux accidents, à la maladie et au chômage.

Travailleur infatigable, il entretient une importante correspondance et mène les affaires de son diocèse avec prudence et efficacité. Proche de ses prêtres, cordial et franc, soucieux de leur formation permanente, il organise à leur intention des conférences ecclésiastiques et publie le résultat des questions étudiées. Il s’intéresse au débat sur le libéralisme, au problème de l’Université de Montréal et à l’affaire des écoles du Manitoba. Il est décédé le 24 mai 1901. Le pape Jean-Paul II l’a béatifié le 10 mai 1987.

Sa spiritualité

Mgr Moreau savait rejoindre le cœur des gens en leur annonçant la Parole de Dieu dans un langage simple que chacun pouvait comprendre. Il était reconnu pour ses qualités intérieures de bonté, d’humilité et de fermeté et par le service désintéressé des personnes. La prière était à la source de son action pastorale. Il écrit aux prêtres : « Nous ne ferons bien les grandes choses dont nous sommes chargés, que par une union intime avec Notre-Seigneur, et en nous imprégnant de son esprit et de son zèle, ce que nous ne pouvons obtenir que par la prière et la constance dans la prière. »

Attentif aux besoins de son époque, il vivait modestement, sans austérité excessive. Sa préférence allait aux plus pauvres, aux illettrés, aux malades, qu’il accueillait chaque lundi, pour les écouter et les encourager. Il n’hésitait pas à puiser dans ses biens personnels pour les aider. Le secret de sa disponibilité résidait dans sa soumission à Dieu. « La volonté divine avant tout : c’est notre pain quotidien, et c’est une nourriture qui met l’âme et le cœur dans un repos et un calme parfaits. »

C’est avec répugnance qu’il accepte la charge d’évêque dont il connaissait trop bien les servitudes. Il écrit au pape : « Si je ne consultais que mes propres forces, et si je ne considérais que mon peu de vertus, de mérites, de sciences et de connaissances, je n’hésiterais pas un instant à supplier à deux genoux Votre Sainteté, d’éloigner de moi ce calice amer, car je ne puis envisager autrement la dignité et la charge épiscopale dont une expérience de vingt-neuf années passées à côté et dans l’intimité des évêques, m’a fait pour ainsi dire toucher du doigt les peines et les croix. »

Ses relations avec les prêtres étaient faites de droiture : « … nous nous dirons la vérité et la pure vérité. Comme cela nous saurons constamment à quoi nous en tenir et il n’y aura jamais d’ambiguïté. » L’étude est un devoir qui s’impose aux prêtres « pour l’établissement ferme et solide du règne de Dieu dans les cœurs », « pour donner un enseignement sûr et solide, et diriger droitement les âmes. » – « Comprenons bien la nécessité de l’étude, leur écrit-il en 1883, secouons énergiquement au besoin cette torpeur que nous éprouvons pour l’acquisition de la science sacrée. » Il leur conseille aussi d’exercer l’autorité dans un esprit de charité : « Il ne faut pas paraître dominer sur nos populations mais plutôt les régir paternellement et suavement. »

À cette époque où les relations entre catholiques et protestants étaient souvent marquées par l’intolérance, Mgr Moreau recommandait, en 1880, de se montrer « plus patients et plus tolérants afin de ne pas augmenter leurs préjugés ». Il savait discerner la « partie saine et bien sensée de nos frères séparés qui sont toujours prêts à nous rendre justice en toute occasion » et il fera écho aux documents œcuméniques de Léon XIII invitant à la compassion et favorisant le mouvement de réconciliation.

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5 AOÛT † BIENHEUREUX FRÉDÉRIC JANSSONNE † 1838-1916

Peinture du bienheureux Frédéric Janssonne par Marius Dubois en 2001
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Fils de cultivateurs à l’aise, Frédéric Janssoone est né à Ghyvelde, au nord de la France, le 19 novembre 1838. Il perd son père à l’âge de neuf ans, puis commence à Hazebrouck des études secondaires qu’il poursuit à Dunkerque. En 1856, il doit quitter le collège pour subvenir aux besoins de sa mère. Il s’engage d’abord comme garçon de courses, mais se révèle bientôt un voyageur de commerce doué pour les affaires. Après la mort de sa mère, en 1861, il complète ses études. En 1864, il entre au noviciat de l’Ordre des Frères Mineurs (Franciscains) à Amiens.

Ordonné prêtre en 1870, il est aumônier militaire durant la guerre franco-prussienne, puis sous-maître des novices et bibliothécaire, avant d’être nommé supérieur à Bordeaux. En 1876, il passe dans la Custodie de Terre Sainte où il est d’abord aumônier des Frères des Écoles chrétiennes au Caire, en Égypte, et prêche des retraites dans cette ville et à Alexandrie. De 1878 à 1888, il assiste le supérieur gardien des Lieux Saints en Palestine. Il participe à l’administration, renouvelle les pèlerinages en Terre Sainte, rétablit l’usage du chemin de la croix dans les rues de Jérusalem et dirige la construction de l’église de Bethléem. Il codifie aussi les usages qui, au cours des siècles, s’étaient établis entre les Latins, les Grecs et les Arméniens pour l’utilisation et l’entretien des sanctuaires de Bethléem et du Saint-Sépulcre.

Le Franciscain s’installe définitivement au Canada en 1888. Accueilli à Trois-Rivières, il sera intimement lié à l’organisation et au développement du pèlerinage à Notre-Dame du Rosaire créé par le curé Luc Désilets au Cap-de-la-Madeleine. Il instaure le Tiers-Ordre franciscain dans plusieurs localités du Québec et de la Nouvelle-Angleterre. Il érige trois chemins de croix en plein air, organise des congrès et des pèlerinages et prêche de nombreuses retraites, tout en rédigeant une imposante série de publications : articles de journaux et de revues, brochures, ouvrages sur la Terre Sainte, vies de Jésus, de Marie, de sainte Anne, de saint Joseph, de saint François d’Assise, de saint Antoine de Padoue et du Frère Didace.

Il a préparé le rétablissement au pays de l’Ordre des Frères Mineurs, éteint avec la mort du dernier Récollet en 1812. L’ancien commis voyageur se fait colporteur de Dieu. Parcourant les paroisses de plusieurs diocèses du Québec, il fait du porte à porte pour y vendre ses ouvrages. Le profit de ces ventes sert à l’établissement des Franciscaines missionnaires de Marie, des Clarisses, des Franciscains de Trois-Rivières, des Adoratrices du Précieux-Sang de Joliette. Décédé à Montréal le 4 août 1916 d’un cancer d’estomac, le Père Frédéric est inhumé à Trois-Rivières. Il a été béatifié le 25 septembre 1988 par le pape Jean-Paul II.

Sa spiritualité

Le jeune Frédéric Janssoone tira profit de la formation humaniste reçue dans les collèges et développa des talents d’homme d’affaires avant d’orienter sa vie vers le sacerdoce. Marqué par l’éducation rigoriste courante à son époque, il eut toujours à compter avec une conscience étroite et timorée, mais il se révéla exceptionnellement doué pour l’apostolat populaire.

Esprit curieux, il fit à Paris des recherches historiques sur la mission franciscaine au Canada. Pédagogue naturel, il savait, dans la prédication, toucher les esprits et les cœurs. Il était à l’aise dans les cérémonies religieuses qu’il voulait magnifiques pour attirer à Dieu et fut un artisan du réveil religieux en France après la guerre de 1870. En Palestine, il se révéla un diplomate avisé, ainsi qu’un habile constructeur d’églises. Sa dévotion à la passion du Christ lui inspira de rétablir la pratique du chemin de la croix dans les rues de Jérusalem. Sa sincérité, sa droiture, son esprit de justice et de conciliation lui permirent de mettre au point les règlements qui ont réussi à atténuer les dissensions entre les Grecs, les Arméniens et les Latins au sujet des sanctuaires du Saint-Sépulcre et de Bethléem.

Dans sa prédication, il utilisait ses dons d’observation et sa verve de narrateur. Il ne craignait pas de dramatiser pour mieux toucher les cœurs de ses auditeurs. Il mettait à profit sa connaissance du pays où Jésus et Marie avaient vécu pour illustrer sa prédication. C’est dans cet esprit apostolique qu’il fit la promotion du chemin de la croix, des pèlerinages et du Tiers-Ordre franciscain. Il se fit ainsi l’initiateur d’un renouveau spirituel axé sur la méditation des souffrances et de la passion du Christ.

Il avait un sens inné de la publicité et utilisait sa facilité d’écrire pour mousser les projets qui lui tenaient à cœur. Dès son premier voyage à Québec, il publie dans les journaux des articles sur la Terre Sainte pour faire connaître sa mission. Le style de sa prédication est immédiatement apprécié des Canadiens. Le Journal des Trois-Rivières le présente comme un prédicateur « des plus entraînants que l’on puisse entendre ».

Humble et désintéressé, il exprimait ainsi son ambition apostolique : « Faites que j’approche de vous ceux qui s’approchent de moi ». Après avoir développé le pèlerinage à Notre-Dame-du-Cap, il suggéra à l’évêque d’en confier la direction aux Oblats de Marie-Immaculée, « parce qu’ils sont d’une grande humilité et d’une grande simplicité de manières ». Sa dévotion à Marie s’est exprimée dans la promotion du culte à la Vierge du Rosaire qui est au cœur du pèlerinage du Cap-de-la-Madeleine. Il a aussi fondé les Annales connues aujourd’hui sous le nom de Notre-Dame-du-Cap. Sa bonté et sa réputation de thaumaturge lui ont valu le surnom de « Saint Père » et de « Bon Père Frédéric ».

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17 AOÛT † BIENHEUREUSE ÉLISABETH TURGEON † 1840-1881

Photo de la bienheureuse Élisabeth Turgeon
Lors de sa béatification à Rimouski

Sa vie

Élisabeth Turgeon naît le 7 février 1840 à Beaumont, à quelques kilomètres de Lévis, sur la rive sud de Québec. Elle est la cinquième d’une famille de huit filles et deux garçons. Très douée, elle désir e poursuivre ses études, mais, à quinze ans, la mort prématurée de son père l’oblige à mettre son projet en veilleuse. Elle demeure alors au foyer familial pour seconder sa mère dans l’éducation de ses quatre plus jeunes sœurs. Dès son jeune âge, Élisabeth fait déjà preuve de maturité dans la foi. À vingt ans, elle peut enfin fréquenter l’École Normale Laval de Québec pour se préparer à œuvrer dans l’enseignement. Malgré des périodes de repos exigées par son état de santé, Élisabeth obtient brillamment son diplôme.

En 1863, elle prend la direction d’une école à Saint-Romuald-d’Etchemin, non loin de la demeure familiale. Elle connaît le succès, mais à deux reprises, elle voit la mort de près et doit même laisser l’enseignement pendant une année entière. À la fin de l’année scolaire 1871-1872, la maladie l’oblige à quitter définitivement ce poste. Une fois rétablie, Élisabeth Turgeon ouvre une classe privée à Saint-Roch de Québec, mais, là encore, elle ne peut tenir le coup. Elle se tourne alors avec confiance vers la « bonne sainte Anne » et promet d’enseigner gratuitement à Sainte-Anne-de-Beaupré, si elle obtient sa guérison. Alors qu’elle remplit cette promesse, l’abbé Jean Langevin, devenu évêque de Saint-Germain de Rimouski, lui demande d’y venir pour diriger la « petite société » d’institutrices qui était en voie de formation. À cause de sa santé précaire, Élisabeth ne peut donner une réponse positive. L’évêque Langevin revient à la charge et, à la troisième lettre insistante, Élisabeth Turgeon crut reconnaître la volonté de Dieu l’appelant à la vie religieuse.

Élisabeth arrive donc à Rimouski le 3 avril 1875. Quelques pieuses filles l’y avaient précédée, dont Louise Turgeon, sa sœur. À ce groupe, Mgr Langevin avait déjà donné le nom de Sœurs des Petites-Écoles. Il confie à Élisabeth son projet de former de bonnes institutrices pour répondre au besoin pressant d’éducation chrétienne des enfants pauvres des campagnes. Le 12 septembre 1879, Élisabeth Turgeon et douze compagnes prononcent leurs vœux. Religieuse, elle voit le Christ comme l’Époux de son âme à qui elle ne peut rien refuser. Son ambition est de conformer sa vie à la volonté divine perçue dans les événements quotidiens, dans les décisions de l’autorité et dans les inspirations de l’Esprit. Nommée supérieure, Mère Marie Élisabeth (de son nom de religieuse) s’emploie à affermir la congrégation. Elle travaille à la mise au point de la législation : charte civile, constitutions, règlements pour la conduite des sœurs dans les missions et pour la tenue des écoles. Le 2 janvier 1880, elle fonde une première « mission », puis deux autres en septembre de la même année, dans des milieux éloignés et extrêmement pauvres qui faisaient partie à l’époque du diocèse de Rimouski. Il s’agit d’un geste audacieux de sa part, dans une grande confiance en Dieu. Elle ouvre ensuite, en la ville de Rimouski, une école indépendante où les novices s’initient à l’enseignement.

La charité unifie sa vie. Élisabeth Turgeon apprend à aimer en se laissant aimer. Elle aime toute personne, particulièrement ses sœurs. Pour elles, elle est pleine d’attentions et de bonté pour toutes, se préoccupant constamment de leur santé, leur procurant ce dont elles ont besoin. Son amour est fait de tendresse : l’une de ses compagnes a rappelé qu’elle excusait tout, souffrait de tout et de tous, sans « aigreur, sans animosité ». Sa santé physique n’étant pas à la hauteur de ce que réclame la vie d’institutrice, Élisabeth manifeste une force morale hors du commun; sa constante douceur et sa sérénité n’expriment nullement l’état habituel de ses souffrances. Il lui fallait communier profondément à la force de Dieu pour étudier et prier pendant le jour, travailler la nuit à la lueur de la chandelle pour tirer, de petits travaux manuels, l’indispensable à la survivance. Mère Marie Élisabeth surmonte patiemment et joyeusement la faim, le froid, la faiblesse corporelle et, à l’imitation de Jésus Christ, elle garde le silence devant les fausses accusations de certaines personnes.

La santé chancelante de la Servante de Dieu ne peut résister plus longtemps. Face à la mort, elle donne à ses sœurs le témoignage de son entière soumission au Seigneur qui lui adresse un ultime appel. Sur son lit de mourante, elle résume toutes ses exhortations dans le commandement de Jésus : « Mes Sœurs, je vous recommande particulièrement l’union, la charité fraternelle, quand on est uni dans une communauté, quand la paix règne parmi ses membres, c’est le ciel sur la terre. » Elle meurt dans la paix le 17 août 1881, à l’âge de 41 ans. À son décès, Mère Marie Élisabeth Turgeon laisse dans le deuil 14 professes, une novice et 2 postulantes. Depuis 1881, 1005 jeunes filles se sont engagées à la suite d’Élisabeth Turgeon. Aujourd’hui, les sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire sont présentes au Québec (Canada) , aux États-Unis, au Honduras, au Guatemala et au Nicaragua.

Le 26 avril 2015, son Éminence M. le cardinal Angelo Amato, préfet de la Congrégation pour la cause des Saints et légat du Pape, présida la béatification de Élisabeth Turgeon en l’église Saint-Robert-Bellarmin de Rimouski.

Fresque de la Bienheureuse Élisabeth Turgeon à la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa spiritualité

La spiritualité d’Élisabeth Turgeon est centrée sur la recherche et l’accomplissement de la volonté de Dieu : « Mon Dieu et mon Tout ! Tout pour votre saint Amour ! » La radicalité de cette option confère à ses paroles et à ses actes une cohérence exemplaire dans sa vie quotidienne. Dès qu’Élisabeth saisit, à travers ce qui lui arrive, l’expression de la volonté de Dieu, elle accepte, elle se soumet et elle agit. Une conviction profonde l’habite : la volonté de Dieu est toujours bienfaisante, même à travers les afflictions et les épreuves, « tout tourne au bien de ceux qui cherchent la volonté de Dieu », « la volonté de Dieu est puissance agissante pour celui ou celle qui y correspond ». Elle rappelle assidûment à ses filles spirituelles l’attention à la volonté de Dieu; elle les invite à juger les décisions à prendre à la lumière de cette volonté : « Devant Dieu, considérez les choses; il vous inspirera ce que vous devez faire. » Elle parle de résignation, qui est pour elle l’expression d’un mouvement d’abandon de toute sa personne à la volonté de Dieu, abandon qu’elle a intensément vécu au quotidien. La qualité de son obéissance, particulièrement à l’égard de l’autorité diocésaine, témoigne qu’elle y reconnaît l’expression de la volonté de Dieu. Le jour de son inhumation, l’évêque dira d’Élisabeth : « Elle était si obéissante. »

Sa spiritualité est polarisée par une mission : l’instruction et l’éducation chrétiennes. Cette mission est essentiellement celle du Christ et de l’Église, mission de salut qui doit nécessairement passer par l’éducation et l’instruction des enfants pauvres des campagnes et être réalisée dans la vie religieuse. « Tâchez donc de devenir de bonnes et dignes religieuses et vous serez d’excellentes institutrices. » Une mission certes pénible, mais abordée avec « confiance, courage et persévérance dans la voie que nous avons embrassée; le repos vient après le travail, la victoire après le combat et la joie succède à la peine ». Elle compte sur Dieu pour la réalisation de la mission : « Il vous fortifiera, éclairera et donnera l’intelligence à ceux que vous êtes chargées de conduire à Dieu. »

Sa spiritualité est vécue dans la foi, la charité et l’espérance chrétiennes. Très tôt, Élisabeth Turgeon avait entendu l’invitation de Dieu, le Père, « le bon Dieu », d’entrer en communion avec Lui. Elle s’abandonne totalement à lui : « Jetons-nous dans les bras de la Divine Miséricorde qui ne veut rien que notre bénéfice spirituel. » Quand elle parle de Jésus, l’image qui lui revient le plus souvent est celle, biblique, de l’Époux mort et ressuscité pour notre salut. En s’adressant à ses sœurs, elle reprend presque toujours l’image traditionnelle de l’épouse aimante de l’Époux : « Dites à Jésus : pour être votre épouse à jamais, je dois vous suivre sur la route que vous avez parcourue. » Toute son ambition est de « savoir » Jésus, de l’aimer et de le faire connaître aux enfants. Le plus grand désir d’Élisabeth Turgeon était que le « beau ciel s’ouvrit » pour qu’elle puisse enfin voir Jésus. Elle encourage ses sœurs en disant : « Travaillons avec ardeur et constance pour mériter le séjour d’une demeure et d’une compagnie à nulle autre comparable. »

Élisabeth Turgeon est une grande suppliante, et son attachement à la prière est vital. Elle y recourt constamment et elle incite ses sœurs à prier et à faire prier les enfants pour elle. Elle compte inlassablement sur la prière pour obtenir subsistance, guérison, règlement d’affaires, conversion, grâces de toutes sortes pour elle-même et pour les autres. Elle sait d’expérience qu’« avec la protection de Jésus Christ, les toiles d’araignée sont plus fortes que les murailles et, sans sa protection, les plus fortes murailles ne sont que des toiles d’araignée ». Elle rend grâce à Dieu d’avoir été choisie pour une mission auprès des jeunes et elle prie pour que se réalisent la gloire de Dieu et le salut des âmes. Elle manifeste une grande confiance et une dévotion particulière pour Marie « cette bonne Mère », « notre véritable Mère », la « Reine des Vierges ». Elle écrira : « Invoquons Marie, elle saura nous protéger et nous défendre. » « Priez bien la sainte Vierge, qu’elle enseigne avec vous et pour vous, et vos élèves feront de grands progrès en science et en vertu. » Pour Élisabeth Turgeon, Marie est le chemin le plus sûr pour aller à Jésus. De là découle la devise de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire : « Tout à Jésus par Marie ».

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2 SEPTEMBRE † BIENHEUREUX ANDRÉ GRASSET † 1758-1792

Le vitrail “Le bienheureux André Grasset”, au Collège Grasset de Montréal, est une oeuvre de G. E. Pellus d’après une gouache d’Ozias Leduc. Il est daté de 1929-1930.

Sa vie

Né à la Place du Vieux Marché de Montréal, aujourd’hui la Place Royale, le 3 avril 1758, fils d’André Grasset de Saint-Sauveur senior et de Marie-Josephte Quesnel-Fonblanche. André est le deuxième de leurs cinq enfants. Baptisé le lendemain de sa naissance à la première église Notre-Dame de Montréal par monsieur Jollivet, p.s.s., qui deviendra plus tard curé de Notre-Dame, il eut pour parrain Michel Péon, capitaine aide-major de La Jonquière qui fut gouverneur de Québec de 1749 à 1752, et pour marraine dame Agathe Beaudoin, épouse de M. Martel, ordonnateur à Montréal. C’est donc à Montréal que le futur bienheureux trouve ce qui est le plus cher au coeur de tout être humain et de tout chrétien : la vie naturelle et la vie surnaturelle. C’est à Montréal que commence à se dessiner en lui le saint qu’il sera plus tard. En 1760, son père acquiert une maison près de la chapelle de Bon-Secours que vient de fonder Marguerite Bourgeoys : tel est l’environnement que connaît le jeune André avant le départ de sa famille pour la France et qui l’a sans doute marqué à jamais.

Lorsque M. de Vaudreuil prend le gouvernement de la Nouvelle-France, le 10 juillet 1755, il nomme M. Grasset secrétaire. Après la signature du traité de Paris, le 10 février 1763, celui-ci, âgé de 43 ans et encore attaché à sa patrie d’origine qu’il avait quittée à 29 ans, vend sa propriété et repart en France avec son beau-père et toute sa famille, en novembre 1764. André Grasset fils a six ans et demi.

Ses études classiques terminées, André Grasset de Saint-Sauveur s’oriente vers le sacerdoce. L’archevêque de Sens remarque vite les qualités de ce jeune clerc et sa grande piété; aussi, il le nomme à 23 ans chanoine de sa cathédrale. Deux ans plus tard, à 25 ans, il est ordonné prêtre. Nous sommes en 1783. En 1789, au moment où éclate la Révolution française, André a 31 ans.

En 1790, l’Assemblée nationale constituante supprime les chapitres des cathédrales et, en 1791, demande à tous les membres du clergé de souscrire à la « Constitution civile du clergé », décret par lequel les évêques ne reçoivent plus l’investiture du pape mais deviennent des fonctionnaires de l’État. La condamnation de cette réforme par le pape Pie VI, en 1791, provoque dans l’Église de France un schisme entre prêtres « constitutionnels » et prêtres « réfractaires ». Au début de 1792, le chanoine André Grasset se réfugie chez les Pères Eudistes de Paris, dans leur maison des Tourettes qu’ils organisent pour une soixantaine de prêtres, attendant des jours meilleurs dans le silence et la piété. C’est là qu’il est saisi, en août 1792, pour être conduit prisonnier au couvent des Carmes, l’actuel Institut catholique de Paris. Il a 34 ans.

Le 2 septembre 1792, au cours d’un simulacre de procès, chacun des 92 prêtres et des 3 évêques prisonniers des Carmes doit répondre à la question : « Avez-vous prêté le serment à la Constitution civile du clergé? » Suite à la réponse négative de l’inculpé qui répond : « Ma conscience me le défend », celui-ci est jeté au bas du petit perron qui donne dans le jardin où l’attendent des sbires avec baïonnettes, sabres et piques jusqu’à ce qu’il ait rendu le dernier soupir.

Une inscription rappelle cet événement macabre sur l’escalier menant au jardin de ce Couvent : « Hic coeciderunt », « Ici ils sont tombés ». Quand la tuerie fut terminée, on dispersa les cadavres dans des fosses aux quatre coins de Paris et dans un puits au bout du jardin. Ainsi furent tués, avec André Grasset de Saint-Sauveur, 3 évêques et 92 prêtres au couvent des Carmes, 72 prêtres au séminaire de Saint-Firmin, 21 prêtres à l’abbaye de Saint-Germain et 3 prêtres à la prison de la Force. Le pape Pie XI béatifia ces 188 prêtres et ces 3 évêques le 17 octobre 1926, sous le nom générique de « Bienheureux Martyrs de septembre 1792 ».

Sa spiritualité

Quand, en 1927, les Sulpiciens québécois décidèrent de fonder un externat classique au nord de Montréal pour répondre au développement de la métropole, ils pensèrent tout naturellement à donner le nom d’André Grasset à cet établissement scolaire afin d’offrir à la jeunesse d’ici, venue s’abreuver au savoir supérieur, un modèle de dépassement issu du terroir.

Le bienheureux a préféré la société des prêtres en août 1792, plutôt que de vivre à Paris avec son père et sa mère et échapper ainsi aux assassins. En septembre 1792, il a préféré la mort à l’apostasie. Ces deux choix successifs témoignent de sa fidélité à la promesse du baptême.

Rappelons qu’André Grasset est le premier Canadien de naissance à être élevé sur les autels. Un autel dédié aux martyrs de la Révolution française et notamment à l’un d’eux, André Grasset de Montréal, se trouve dans la chapelle vitrée du Saint-Sacrement, à l’entrée de la basilique Notre-Dame de Montréal.

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4 SEPTEMBRE † BIENHEUREUSE DINA BÉLANGER † 1897-1929

Peinture de la bienheureuse Dina Bélanger
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Dina Bélanger est née à Québec le 30 avril 1897, fille unique de Séraphia Matte et d’Olivier Bélanger. Elle fait ses études primaires et complémentaires chez les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame au couvent de Saint-Roch puis à l’école Jacques-Cartier. À quatorze ans, elle demande à être pensionnaire au couvent de Bellevue pour y terminer ses études. Elle fait alors la prière suivante : « O mon Dieu, accordez-moi, pendant mon séjour ici, de ne pas vous offenser par la plus légère faute vénielle volontaire ».

À quatorze ans, elle consacre à Dieu sa virginité. Ses études terminées, elle revient chez ses parents et poursuit des études de piano. Elle se trace un règlement de vie axé sur la prière, la messe, la communion, le chapelet et la méditation et garde secret son goût exclusif pour la piété. Elle accompagne sa mère dans l’exercice des œuvres de charité de la paroisse auprès des pauvres et des malades. Active dans l’Œuvre des tabernacles, elle s’inscrit comme zélatrice de l’Apostolat de la prière et se joint au tiers ordre de saint Dominique.

En 1916, elle accepte avec plaisir de s’inscrire au Conservatoire de New-York. Pendant deux ans, elle y fait des études supérieures de piano et d’harmonie. De retour à Québec, Dina donne des concerts et poursuit des études d’harmonie par correspondance.

À vingt-quatre ans, elle entre au noviciat des Religieuses de Jésus-Marie à Sillery. Elle prend l’habit l’année suivante sous le nom de Marie Sainte-Cécile de Rome et prononce ses vœux annuels de religion le 15 août 1923. En septembre, elle est désignée comme professeur de musique au couvent de Saint-Michel-de-Bellechasse. Elle y fera trois séjours interrompus par la maladie.

Depuis l’âge de onze ans, Dina est favorisée d’une intimité avec Notre-Seigneur qui la conduit aux plus hauts sommets de la vie mystique. À la demande de sa supérieure, à compter de 1924, elle fait le récit de ses expériences spirituelles. Admise à la profession perpétuelle le 15 août 1928, Dina entre définitivement à l’infirmerie en avril suivant. Elle y décédera le 4 septembre 1929, à l’âge de 32 ans, emportée par la tuberculose pulmonaire qui avait été diagnostiquée au printemps 1926.

Elle a été béatifiée par le pape Jean-Paul II le 20 mars 1993, en même temps que Claudine Thévenet, fondatrice de la congrégation religieuse à laquelle elle appartenait.

Sa spiritualité

Douée d’une très grande sensibilité et d’une conscience délicate jusqu’au scrupule, Dina enfant apprend à s’élever vers Dieu dans le silence et la beauté de la nature. Elle fait sa première communion à dix ans et dès lors, le recueillement, la méditation, l’intimité avec Jésus occupent ses pensées. Son aspiration vers Dieu, elle la traduit alors par ces mots : « Dieu seul! comme le cerf altéré soupire après l’eau d es fontaines, ainsi mon âme soupire après vous, ô mon Dieu! Mon Dieu, je souffre de ne pas souffrir! Je meurs de ne pas mourir! »

Favorisée de grâces exceptionnelles, Dina multiplie les exercices de piété et les sacrifices volontaires alors que Jésus se communique à son âme par une voix et des visions intérieures. Assoiffée de silence, l’adolescente doit s’imposer un grand effort de volonté pour participer aux jeux de son âge. « J’étais d’une nature extrémiste, écrit-elle dans son autobiographie; je me livrais au bien, alors j’étais décidée à monter jusqu’au sommet ». Mais sa nature indépendante lui donne fort à lutter contre son « goût d’isolement et de paix égoïste ».

Dina étudiante a du goût pour toutes les sciences. Elle est passionnée de l’art et du beau et vise au plus parfait : « Je voulais reconnaître en moi les talents divins », écrit-elle, mais son idéal est si élevé qu’elle considère ne pas mériter les éloges reçus. Naturellement portée à la méditation, elle n’éprouve pas le besoin de demander aux livres l’aliment spirituel dont elle est avide : « C’est que Jésus me le donnait lui-même. Il se faisait le grand Livre où rayonnaient à mes yeux, en gros caractères, le secret du bonheur et la science de l’amour. » Toutefois, l’autobiographie de Thérèse de l’Enfant-Jésus l’éclaire sur la science de l’abandon.

Au début de la guerre de 1914, « affligée du mal moral » qui menace le monde, elle s’offre à Notre-Seigneur en esprit de réparation et d’amour « afin de le consoler un peu et de sauver des âmes ». Elle connaît des périodes d’épreuves intérieures et lutte contre sa « nature prompte et colère » pour faire triompher sa volonté de ne pas se justifier. Novice, elle s’offre comme victime, martyre et apôtre en union avec Marie selon l’esprit de Grignion de Montfort.

Sa vie spirituelle s’approfondit et elle découvre les richesses de la Trinité : « Pour que Dieu puisse verser à profusion ses grâces dans une âme humaine, il faut qu’Il trouve Jésus vivant en elle… Pour devenir un abîme capable d’être envahi par l’Infini, il faut d’abord l’anéantissement absolu, dans le domaine spirituel, de l’être humain ». Des lumières lui sont données pour comprendre la présence de Jésus dans l’Eucharistie. Jésus lui révèle intérieurement : « Tu ne me posséderas pas plus au ciel, car je t’ai absorbée en entier ».

Dina s’ouvre à la vie apostolique et missionnaire et a faim de donner Jésus aux âmes, en particulier les âmes religieuses et sacerdotales. « Dans toutes mes actions, mes paroles, mes pensées, mes désirs je me sens passive, comme sous l’influence de l’Être suprême, comme sous la poussée, aussi suave que puissante, de l’Esprit d’amour. Ma liberté est totale, et la moindre contention n’existe pas en cet état. Simplement, la grâce est si forte que je ne puis pas y résister ». L’attention continuelle à Dieu dans l’amour devient son unique emploi. « Aie confiance en ma miséricorde. C’est justement parce que tu es faible et misérable que je t’ai choisie », lui dit intérieurement Jésus. Son union à lui est si profonde qu’elle peut écrire : « Le Christ Jésus vit à ma place sur la terre. Il s’est substitué à moi, et je ne suis plus rien ». Elle rejoint ainsi la parole de l’Apôtre : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ».

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24 SEPTEMBRE † BIENHEUREUSE ÉMILIE TAVERNIER-GAMELIN † 1800-1851

Peinture de Mme Gamelin par Vital Desrochers (20 avril 1843)
Elle a été reproduite au laser sur une toile
(11×15 pieds) à Rome, lors de la Béatification 7 octobre 2001

Sa vie

Émilie Tavernier nait le 19 février 1800 à Montréal, la dernière de quinze enfants. Sa famille demeurait sur un lot nommé Terre Providence situé au nord de la ville. Émilie admire sa mère qui, malgré leurs modestes moyens, ne laisse jamais aucun mendiant qui frappe à leur porte repartir les mains vides.

L’enfance d’Émilie sera jalonnée de dures épreuves: neuf de ses frères et sœurs sont morts en bas âge, elle perd sa mère à l’âge de 4 ans, et son père, à 14 ans. À la mort de sa mère, elle est adoptée par une tante paternelle, qui orientera ses études au pensionnat des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. À 18 ans, son cœur charitable la conduira à aider son frère, devenu veuf, puis une cousine de Québec, malade, avant de revenir habiter Montréal, chez sa cousine Agathe Perrault-Nowlan.

À 23 ans, Émilie fait un heureux mariage avec Jean-Baptiste Gamelin, un pomiculteur de 27 ans son aîné. Les époux partagent un intérêt et un amour communs pour les pauvres.

Ce bonheur ne durera que peu de temps. De leurs trois enfants, les deux premiers meurent trois mois après leur naissance. Après seulement quatre années de mariage, Émilie perd ensuite son mari, emporté par la maladie le 1er octobre 1827. Ce décès est suivi quelques mois plus tard, à l’été 1828, de celui de son troisième enfant, alors âgé de 21 mois. En moins de cinq ans, Émilie avait tout perdu.

Ce bonheur ne durera que peu de temps. De leurs trois enfants, les deux premiers meurent trois mois après leur naissance. Après seulement quatre années de mariage, Émilie perd ensuite son mari, emporté par la maladie le 1er octobre 1827. Ce décès est suivi quelques mois plus tard, à l’été 1828, de celui de son troisième enfant, alors âgé de 21 mois. En moins de cinq ans, Émilie avait tout perdu.

Émilie demeure toujours en sa maison de la rue Saint-Antoine dont elle est propriétaire, avec Dodais, un adolescent handicapé intellectuel, ainsi que la mère de ce dernier, dont Monsieur Gamelin avait soin depuis que le garçon lui avait un jour sauvé la vie. Avant de mourir, Monsieur Gamelin avait demandé à Émilie de continuer à s’occuper d’eux, en souvenir de leur amour.

Dès lors, elle consacre sa vie et met tous ses moyens au service des personnes âgées, des malades et des orphelins de l’épidémie de choléra (1832), des prisonniers de l’insurrection de 1837-1838, et des « aliénés ». Grande dame de Montréal au XIXe siècle, Madame Gamelin marque son époque en organisant la charité dans la métropole grandissante. Un peu plus tard, elle fait le choix de devenir Servante des Pauvres et se consacre à Dieu par un vœu privé, le 2 février 1842.

Mgr Ignace Bourget, Évêque de Montréal, désirait fonder une communauté de sœurs canadiennes dans son diocèse. En 1843, avec l’évêque, Émilie Tavernier-Gamelin fonde la Communauté des Sœurs de la Providence, alors désignée sous le nom de Filles de la Charité Servantes des Pauvres. L’année suivante, Émilie devient la première Supérieure de la Congrégation, à l’âge de 44 ans. Elle poursuit sa mission dans la vie religieuse jusqu’à sa mort, qui survient sept ans plus tard, le 23 septembre 1851.

Les derniers mots qu’elle adresse à ses Sœurs sont : « Humilité, simplicité, chari…» (té). Les pauvres, les vulnérables et les laissés-pour-compte, à qui elle a consacré sa vie, sont le cœur même de la mission apostolique qu’elle a léguée aux Sœurs de la Providence.

Les gens de la rue surnommaient affectueusement Mère Gamelin la Providence des pauvres ou l’Ange des Prisonniers; elle leur appartenait véritablement. Première Montréalaise d’origine à avoir été élevée par l’Église au rang de bienheureuse, le 7 octobre 2001.

Sa spiritualité

« J’ai prié pour que vous aimiez toujours les pauvres et que la paix et l’union se conservent toujours parmi vous » (Bienheureuse Émilie Tavernier-Gamelin, 10 septembre 1851)

La Providence – Le Charisme – La Mission

Nous croyons que la présence aimante de Dieu veille sur l’univers entier et demeure attentive aux besoins de tous, active en nous et par nous. C’est ce que nous appelons Providence.

Active en nous et par nous signifie que notre défi consiste à donner un visage humain à la Providence, à la suite du Christ venu pour être vu, touché et entendu.

Pour être ce visage humain de Dieu-Providence, d’un cœur compatissant, nous nous engageons dans une solidarité prophétique avec les pauvres. Pour les Sœurs de la Providence, les pauvres sont ces personnes dont les besoins ne sont pas satisfaits, les victimes d’injustice, les rejetés, les marginalisés et les sans voix.

Cela exige que nous soyons créatives dans l’utilisation des talents que Dieu nous a donnés, de façon à ce que l’ensemble de la création puisse les reconnaître à travers nos actions comme une expression de l’amour de Dieu. Dieu nous exhorte à la charité et à une grande responsabilité envers la vie.

En tant que femmes Providence, nous sommes engagées comme travailleuses sociales, infirmières, enseignantes, accompagnatrices spirituelles ou engagées en environnement, dans les milieux où nous sommes appelées à servir, toujours dans l’espoir que nos actions soient signes d’espérance et de vie nouvelle.

Chaque personne naît avec des dons et des talents particuliers. Ceux-ci nous façonnent et nous permettent de remplir une mission pour servir la société et le bien commun.

Les congrégations religieuses « naissent » aussi avec des dons spécifiques qui leurs sont insufflés par l’Esprit Saint. En d’autres mots, chaque congrégation possède une énergie spirituelle distincte qui l’appelle à servir l’humanité de façon à répondre à un besoin particulier dans l’Église et dans le monde.

Par conséquent, le charisme – du grec, kharisma, « don, grâce d’origine divine » – est une manifestation de l’Esprit Saint donnée en vue du bien commun (1 Cor 12,7).

Le charisme de notre communauté

Providence est la manifestation des mystères de Dieu-Providence et de Notre-Dame des Douleurs dans la charité compatissante et la solidarité créative et prophétique avec les pauvres.

Dieu nous a appelées et unies comme Sœurs de la Providence en Église pour proclamer le mystère de sa Providence et celui de Notre-Dame des Douleurs à la société de notre temps, par notre charité compatissante et notre solidarité créative et prophétique avec les pauvres. (Chapitre général 1978)

Pour en savoir plus à propos de la bienheureuse Émilie Tavernier-Gamelin …

6 OCTOBRE † BIENHEUREUSE MARIE-ROSE DUROCHER † 1811-1849

Peinture de bienheureuse Marie-Rose Durocher
Béatification, Rome 1982

Sa vie

Eulalie Durocher est née à Saint-Antoine-sur-Richelieu (Québec), le 6 octobre 1811. Dernière d’une famille de dix enfants, elle étudie chez les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame à Saint-Denis et à Montréal. Affable, joyeuse, simple et charmante, elle inspire le respect et la confiance. Son jugement est sûr et elle possède un solide sens pratique. De tempérament ardent et volontaire, elle réussit à le maîtriser et se révèle patiente, douce et humble.

Elle veut se faire religieuse, mais elle doit renoncer à ce projet pour des raisons de santé. Elle a 19 ans à la mort de sa mère et demeure auprès de son père et de ses frères avant d’aller seconder son frère Théophile, curé à Saint-Benoît, puis à Longueuil, où elle accomplit des tâches ménagères et pastorales. Accueil des prêtres malades et fatigués, soin des pauvres, visite des malades, font partie de sa vie quotidienne pendant douze ans et lui permettent de constater l’ignorance de ses compatriotes et le besoin d’écoles et de formation religieuse pour les jeunes. Son ascendant lui vaut d’être nommée supérieure de la congrégation pieuse des Filles de Marie Immaculée, établie par les Oblats de Marie-Immaculée à Beloeil, où elle exerce ses dons d’éducatrice.

Eulalie souhaite qu’une communauté religieuse enseignante établisse dans chaque paroisse, des petits couvents où les enfants pauvres et riches recevraient une bonne éducation religieuse. Une telle communauté existe, ce sont les Religieuses des Saints Noms de Jésus et de Marie de Marseille, approuvées par l’évêque de cette ville, Mgr de Mazenod, qui est aussi le fondateur des Oblats de Marie-Immaculée. Les religieuses ayant refusé de venir, Eulalie se met à l’œuvre, avec l’accord de l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, des Oblats et du curé de Longueuil qui veut des religieuses dans sa paroisse.

À la fin d’octobre 1843, Eulalie quitte Beloeil pour Longueuil afin d’y fonder, avec deux compagnes, la congrégation qui portera le nom et qui s’inspirera des règles des sœurs de Marseille. Elle prend le nom de sœur Marie-Rose. Pour plusieurs, il s’agit de la folle entreprise de filles exaltées et sans ressources. L’Honorable Louis Lacoste, chargé, en 1845, de présenter au Parlement le bill d’incorporation de l’Institut, en témoigne : « Je me suis mis de tout mon cœur à l’œuvre contre le gré de mes amis qui se plaisaient à me traiter de fou pour vouloir encourager une société qui, selon les apparences, n’existerait pas longtemps. » À la mort prématurée de Mère Marie-Rose, le 6 octobre 1849, la jeune congrégation comptait 29 professes, sept novices, sept postulantes et quatre maisons d’éducation. Mère Marie-Rose a été béatifiée par le pape Jean-Paul II le 23 mai 1982.

Sa spiritualité

Comme collaboratrice laïque de son frère curé, Eulalie Durocher déploie ses talents d’hôtesse, de maîtresse de maison et d’infirmière, mais elle assure aussi la coordination des activités paroissiales. Mettant à profit ses qualités de rassembleuse et d’éducatrice, elle organise des retraites pour les familles et dirige la première congrégation mariale au Québec, un mouvement qui a joué un rôle important dans le renouveau religieux au 1ge siècle. Simple et intelligente, elle se fait remarquer par sa fidélité à la prière et son humilité silencieuse.

Sa charité active et sa détermination lui inspirent de fonder une congrégation à laquelle elle inculque un esprit de partage « avant tout pour les âmes les plus abandonnées ». Comme le notent les Chroniques de l’Institut, un an après sa mort, « Dieu voulait l’institution d’une nouvelle Communauté pour donner une éducation religieuse aux enfants les plus pauvres et les plus abandonnés ». Pour Mère Marie-Rose, c’était « la base indispensable de l’éducation ».

À l’été 1844, la fondatrice envoie deux Sœurs se perfectionner à Montréal auprès des Frères des Écoles chrétiennes, arrivés au Québec en 1837, afin de s’initier aux meilleures méthodes pédagogiques de l’époque. Aux matières scolaires, elle ajoute la musique, le dessin, l’anglais et le travail domestique, dans le but de rendre les femmes capables de bien remplir leur rôle social. Avisée, elle établit un pensionnat payant afin de pouvoir financer l’école gratuite pour les pauvres.

La nouvelle fondation s’inspire de la spiritualité des religieuses de Marseille et de celle des Oblats, dont la devise est : « Évangéliser les pauvres ». La fidélité à l’Évangile, la dévotion au Saint-Sacrement et à Marie et la méthode d’oraison de saint Ignace, font partie de l’héritage laissé par celle qui avait pour devise : « Jésus et Marie, ma force et ma gloire ».

La vie d’Eulalie Durocher a été marquée par l’expérience de l’incompréhension. Elle fut la première à percevoir la duplicité de l’abbé Charles Chiniquy et lui signifia de ne plus remettre les pieds au couvent. Alors que les propos malveillants et les calomnies du prêtre sèment la discorde dans la paroisse et menacent la vie même de son jeune Institut, Mère Marie-Rose écrit : « J’espère que Dieu aura pitié de nous. Je trouve notre situation bien pénible; il paraît que la plus grande partie des paroissiens sont bien montés. Nous prions tous les jours pour que Dieu tire sa gloire de nos misères et donne la lumière à nos supérieurs dans tout cela, et à nous, la patience et la soumission. » Mère Marie-Rose n’était sévère que pour les sœurs qui disaient du mal des autres. Elle avait l’habitude de dire : « Prions, souffrons et ayons confiance. » Sur son lit de mort, elle demande pardon à ses sœurs d’avoir manqué de douceur, de bonté et de charité. Mgr Bourget dira d’elle : « La charité fut sa vertu favorite. »

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16 OCTOBRE † SAINTE MARGUERITE D'YOUVILLE † 1701-1771

Huile sur toile, 4,86m x 2,40m, de sainte Marguerite Bourgeois par Pierre Lussier en 2012
Chapelle de l’Immaculée Conception, Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Sa vie

Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais est née à Varennes, au Québec, le 15 octobre 1701, d’un gentilhomme breton venu au Canada en 1687. Sa mère, fille d’un officier de Carignan qui sera gouverneur de Trois-Rivières, était la sœur de l’explorateur Pierre Gaultier de la Vérendrye. L’aînée de six enfants, Marguerite a sept ans à la mort de son père. Sa famille connaît alors la misère et sa mère doit attendre six ans avant de recevoir la pension des veuves d’officiers.

Grâce à l’influence de son arrière-grand-père Pierre Boucher, Marguerite va étudier deux ans chez les Ursulines de Québec. À douze ans, elle retourne dans sa famille pour aider à l’éducation de ses frères et sœurs. Le 12 août 1722, elle épouse François You de la Découverte, qui se révèle un mari volage, égoïste et indifférent. Il fait le trafic des fourrures et de l’alcool. François décède en 1730, après huit ans de mariage, léguant à Marguerite, qui en est à sa sixième grossesse, des dettes et la charge de deux enfants.

En 1737, Marguerite loue une maison à Montréal où elle recueille les femmes nécessiteuses. Elle et trois compagnes font des vœux secrets de religion. Pendant sept ans, les quatre femmes sont huées, calomniées et persécutées. On suspecte Marguerite de poursuivre le trafic de l’alcool avec les Indiens comme l’avait fait son mari, avec la complicité des Sulpiciens. On l’accuse de boire – d’où le nom de « Sœurs Grises » – et de se livrer à la prostitution.

En 1747, Marguerite est chargée par les autorités de la colonie de l’administration de !’Hôpital général des Frères Charon. Après la révocation de ce mandat en 1750, elle écrit en France pour plaider sa cause et s’offre à payer les dettes de l’hôpital. Louis XV la confirme dans sa charge le 3 juin 1753 et l’autorise même à former une communauté religieuse qui sera approuvée par Mgr de Pontbriand en 1755.

Pour subvenir aux besoins de l’hôpital, elle met à profit ses dons pour le commerce et les affaires et multiplie les industries : travaux d’aiguille, confection de vêtements, de pavillons de guerre, d’habits pour les Indiens, d’hosties et de bougies; elle se livre aussi au commerce : brasserie, tabac, chaux, pierre à bâtir, sable. L’hôpital accueille toutes les misères : pauvres, épileptiques, lépreux, femmes picotées, prostituées, prêtres malades. Pendant les guerres qui ont précédé et suivi la Conquête de 1760, sa porte est ouverte aux prisonniers, aux malades et aux blessés, français et anglais.

À partir de 1754, Mère d’Youville recueille les enfants « trouvés » (abandonnés). En 1765, l’Hôpital général est dévasté par un incendie, mais quatre ans plus tard, la courageuse directrice aura reconstruit l’institution. Terrassée par deux attaques de paralysie le 9 et le 13 décembre, elle expire le 23 décembre 1771. Elle a été canonisée le 9 décembre 1990 par le pape Jean-Paul II.

Sa spiritualité

Chez les Ursulines, Marguerite nourrit sa piété de la prière apostolique de Marie de l’Incarnation : « C’est par le Cœur de mon Jésus, ma Voie, ma Vérité, ma Vie, que je m’approche de vous, ô Père éternel! » Intelligente, elle fait preuve d’un jugement sûr et du sens des responsabilités. Selon la spiritualité de l’époque, elle est convaincue que « la croix est l’instrument d’amour par lequel le Père des Miséricordes opère, en ses élus, la conformité à son Fils ». Ardente au travail et forte de caractère, elle se révèle une éducatrice qui « sait se faire craindre et se faire aimer ».

À 27 ans, le cœur brisé par la vie scandaleuse de son mari, elle est bouleversée par la révélation de l’amour personnel de Dieu-Père. Sa vie spirituelle l’entraîne alors sur la voie de la confiance et de l’abandon à la Providence. Après la mort de son mari, elle doit régler sa succession et défendre ses droits, tout en travaillant pour faire vivre sa famille. Elle soulage la détresse des pauvres, des prisonniers et des malades qu’elle visite, et mendie pour faire inhumer les criminels.

En 1737, tout en continuant de s’occuper de ses enfants, elle forme avec trois compagnes une association de « filles séculières d’habits, mais religieuses de cœur » qui se consacrent « pour toujours au service des pauvres ». Dans le mémoire qu’elle rédige en 1752, elle écrit : « La Providence et notre travail sont les ressources sur lesquelles nous comptons afin de maintenir l’œuvre. » Elle recueille les enfants « trouvés » afin « de leur conserver la vie du corps et de l’âme, de leur procurer une éducation chrétienne et de les mettre en état de gagner honnêtement leur vie ». Pour cela, elle compte « sur la Providence et la charité des fidèles ». Après l’incendie qui réduit son œuvre à néant en 1765, elle récite le Te Deum avec ses sœurs et dit : « Le Seigneur nous avait tout donné, le Seigneur nous a tout ôté, que son saint Nom soit béni à jamais! » À la fin de sa vie, elle dira : « Toujours à la veille de manquer de tout, nous ne manquons jamais pourtant du nécessaire. »

Le règlement de l’Institut recommande de « reconnaître le Christ en la personne des pauvres dont ils ont l’honneur d’être membres ». La pauvreté, l’humilité et la soumission ne font pas oublier la compréhension et l’humanité. Marguerite demande à chacune « de faire connaître ses besoins, ne cachant pas ses infirmités, n’entreprenant rien de nature à nuire à la santé ». Elle veut entre les sœurs « une union parfaite, ne faisant toutes qu’un cœur et qu’une âme, se prévenant en tout et supportant avec charité les défauts des autres, persuadées qu’on a encore besoin d’une plus grande charité pour supporter les nôtres ». Pour cela, elles doivent « puiser en la divine Paternité les sentiments de charité, de tendre sollicitude, de compassion dont elles doivent être animées à l’égard des pauvres, des malades, des orphelins ». Trois mots expriment toute la spiritualité de Marguerite d’Youville : PÈRE, PROVIDENCE, PAUVRES. Sa charité universelle a si bien su s’adapter à toutes les détresses qu’on disait: « Allez chez les Sœurs Grises, elles ne refusent rien! »

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19 OCTOBRE † SAINTS JEAN DE BRÉBEUF, ISAAC JOGUES ET LEURS COMPAGNONS † 17e siècle

Les Jésuites Isaac Jogues (1608-1646)
Antoine Daniel (1600-1648)
Jean de Brébeuf (1593-1649)
Gabriel Lalemant (1610-1649)
Charles Garnier (1606-1649)
Noël Chabanel (1613-1649)
et les donnés René Goupil (1608-1642)
Jean de la Lande (160?-1646)

Mosaïques des saints Jean de Brébeuf, Isaac Jogues et leurs compagnons
par Auguste Labouret, mosaïstes-verrier, et M. Daudin
Voutes du chœur de la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré

Leur vie

Au l7e siècle, huit missionnaires français ont subi le martyre au Canada, six Jésuites et deux « donnés », des laïcs qui se mettaient gratuitement au service des Jésuites lesquels, en retour, subvenaient à leurs besoins. Trois ont été tués à Ossernon, aujourd’hui Auriesville, près d’Albany, N.Y. et cinq en Huronie, à 200 km au nord de Toronto.

Le donné René Goupil, venu en Nouvelle-France en 1640, accompagnait le Père Isaac Jogues et une quarantaine de Hurons, lorsque le groupe fut attaqué sur le lac Saint-Pierre par les Iroquois. Amené captif en Iroquoisie, le Père Jogues fut torturé et mutilé et René Goupil fut assommé à Ossernon le 29 septembre 1642.

Captif à Manhattan (New York), le Père Jogues réussit à s’évader, rentre en France et regagne la Nouvelle-France. Le 24 septembre 1646, il quitte Trois-Rivières avec le donné Jean de la Lande et quelques Indiens à destination de la Huronie. À Ossernon, ils sont reçus avec méfiance par les Iroquois qui estiment la religion des Robes noires responsable de la maladie qui avait décimé leur village. Jogues est tué d’un coup sur la nuque le 18 octobre 1646 et Jean de la Lande subit le même sort le lendemain.

Antoine Daniel, originaire de Dieppe, en France, arrive à Québec en 1633 où il dirige pendant sept ans une école pour les jeunes Hurons. Il accompagne ensuite le Père Jean de Brébeuf en Huronie. Le 4 juillet 1648, les Iroquois attaquent la résidence Sainte-Marie, alors qu’il vient de célébrer la messe. Ils le criblent de flèches et de balles et projettent son corps dans la chapelle en flammes.

Jean de Brébeuf, originaire de Normandie, débarque à Québec en 1625 et passe l’hiver dans la forêt avec des chasseurs montagnais afin de se familiariser avec leur mode vie. Il est missionnaire en Huronie de 1626 à 1629, puis de 1634 à sa mort. Surpris par les ennemis qui attaquent le bourg Saint-Louis, il est pris avec le Père Gabriel Lalemant et amené à Saint-Ignace, où il est torturé pendant trois heures et meurt le 16 mars 1649. Né à Paris, le Père Gabriel Lalemant arrive à Québec en 1646. Il est en Huronie depuis six mois quand il est torturé en même temps que le Père Brébeuf. Son agonie dure quinze heures et il meurt le 17 mars 1649.

Le Père Charles Garnier est né à Paris. Arrivé à Québec en 1636, il se rend immédiatement en Huronie et y reste jusqu’à son martyre. En 1647, il est envoyé auprès de 500 familles du bourg Saint-Jean, un poste frontière qui est attaqué par les Iroquois en mars 1649. Au cours d’une autre attaque, le 7 décembre 1649, alors qu’il se porte au secours des agonisants, il est atteint de deux balles et achevé d’un coup de hache. Son compagnon, le Père Noël Chabanel, était arrivé à Québec en 1643. En route pour l’Ile aux chrétiens, après l’attaque du 7 décembre 1649, il s’arrête épuisé et est assommé par un Huron apostat qui jette son corps dans la rivière le 8 décembre 1649. Les Martyrs du Canada ont été canonisés le 29 juin 1930 par le pape Pie XI. En 1940, le pape Pie XII les a déclarés seconds patrons du Canada.

Leur spiritualité

Inspirés par les récits des premiers missionnaires, certains de ces martyrs ont sollicité de leurs supérieurs la faveur d’être envoyés en Nouvelle-France pour apporter la Bonne Nouvelle de l’Évangile aux nations autochtones du Canada. Ils étaient conscients des dangers qu’ils couraient en vivant au sein de nations souvent en butte aux attaques de leurs ennemis, et plusieurs avaient lucidement entrevu et accepté la perspective du martyre. Soucieux de proclamer l’évangile en respectant la culture des Hurons, il vivent avec eux, apprennent leur langue, et durant les attaques, n’hésitent pas à exposer leur vie.

Jean de Brébeuf avait fait le vœu de ne jamais se dérober au martyre. Au témoignage de ses contemporains, « il semblait n’être né que pour ce pays, accommodant son naturel et son humeur aux façons des indigènes, avec tant de maîtrise, se faisant tout à tous pour les gagner à Jésus-Christ, qu’il leur avait ravi le cœur. » Homme de prière, favorisé des dons de l’oraison, il aspirait à être attaché à la croix avec le Christ et dans ses épreuves, il voulait, à l’exemple de Notre-Dame au cœur transpercé, être parfaitement soumis « aux volontés de Dieu, quoique souvent son cœur eût été bien avant dans l’affliction. »

Pédagogue, Antoine Daniel avait fait une adaptation musicale du Notre Père et fondé une école pour les jeunes Hurons. Comme le bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, il refuse de quitter la mission pour porter secours aux agonisants. Noël Chabanel avait demandé à être envoyé auprès des Hurons. En dépit de sa répugnance à vivre selon leur mode de vie et de son impuissance à maîtriser la langue huronne, il avait promis de demeurer à perpétuité à la mission. Il confie à un confrère : « Je ne sais comment Dieu veut disposer de moi, mais je me sens tout changé en un point : je suis naturellement fort appréhensif, mais maintenant que je vais au plus grand danger et que la mort n’est peut-être pas éloignée, je ne sens plus de crainte. Que ce soit tout de bon, cette fois, que je me donne à Dieu et que je lui appartienne! » Le zèle et la force d’âme d’Isaac Jogues lui ont valu le surnom de « l’oiseau de proie ». Dans sa prière, il supplie Dieu de lui accorder la faveur de souffrir pour sa gloire. Pris, il refuse de s’échapper; torturé, il s’évade pour pouvoir revenir à la mission, « son épouse de sang ». Jean de la Lande, son compagnon, proteste de son côté « que le désir de servir Dieu le portait en un pays où il s’attendait bien de trouver la mort. »

Accusés d’avoir jeté des sorts contre les Iroquois, jugés responsables de la maladie et des malheurs qui les frappaient, les martyrs ont été torturés et tués en haine de la religion chrétienne. Marie de l’Incarnation écrivait d’eux à son fils, à l’automne 1649 : « Ils avaient l’esprit du Verbe incarné. C’est cet esprit qui fait courir par terre et par mer les ouvriers de l’Évangile et qui les fait martyrs vivants avant que le fer et le feu ne les consument. ( … ) Il fait sentir et expérimenter l’esprit des huit béatitudes et, nonobstant toutes les croix qui se rencontrent, on pratique suavement la loi du parfait anéantissement, pour n’être plus et afin que Dieu soit tout et l’unique glorifié. Ce don, le plus précieux en tout, Dieu l’a donné à nos Saints Martyrs ( … ). Jamais, mon très cher fils, vous ne connaîtrez cela par l’étude, ni par la force de la spéculation, mais dans l’humble oraison et dans la soumission de l’âme au pied du crucifix. Cet adorable verbe incarné et crucifié est à la source de cet esprit; c’est lui qui le donne en partage aux âmes choisies et qui lui sont les plus chères, afin qu’elles suivent et qu’elles enseignent ses divines maximes et que, par cette pratique, elles se consomment jusqu’au bout dans son imitation. »

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